La dixième étape du Dakar 2026 fait escale vers Bisha où Mathieu Serradori s'impose dans une spéciale menée tambour battant. Au général, Nasser Al-Attiyah fait la bonne opération.

Le désert saoudien a rendu son verdict sur les 420 kilomètres de spéciale menant à Bisha. Entre coups de théâtre mécaniques, solidarité de clan chez Dacia et l'envolée magistrale d'un "outsider" français, cette dixième étape restera gravée comme celle des destins basculés.

Étape 10, le festival Serradori

Le réveil fut brutal pour la meute. À peine le km 7 franchi, la piste a mordu Cristina Gutiérrez. La pilote espagnole a vu son horizon basculer dans une série de tonneaux vertigineux. Si l’équipage est sorti indemne de cette étreinte avec la poussière, ses espoirs de verrouiller sa place dans le Top 10 ont vacillé. Pourtant, c’est ici que la "Fraternité de la Dune" a opéré. Dans un ballet de système D, Sébastien Loeb a pu reprendre sa chasse grâce à des durites prélevées sur la voiture meurtrie de sa coéquipière. Gutiérrez, de son côté, a pansé ses plaies avec des pièces de fortune arrachées au camion d’assistance. Une véritable transfusion mécanique au sein de l'armada Dacia.

Parti le couteau entre les dents depuis la 14e position, Nasser Al-Attiyah a d'abord semblé vouloir assommer la concurrence, reprenant virtuellement les rênes du général face à un Nani Roma sous pression. Mais le désert est un maître capricieux. L’éclair est venu de Mattias Ekström. Au volant de son Ford Raptor, le Suédois a survolé les débats au km 91, avant que la mécanique ne le trahisse cruellement six kilomètres plus loin. Ce coup d'arrêt brutal a redistribué les cartes, plongeant Nani Roma dans un cauchemar au km 196 : l'Espagnol y a laissé ses illusions et plus de dix minutes, offrant sur un plateau le commandement du général à l'insatiable Qatarien.

Pendant que les favoris connaissaient des mésaventures, un homme a décidé de défier les chronomètres. Mathieu Serradori, élancé en 31e position, a transformé les traces de ses prédécesseurs en un tapis rouge vers la gloire. Au volant de son Century CR7, le Français a fait preuve d'une insolente maestria, portant son avance à plus de cinq minutes au km 356. Ce n'est plus une course, c'est une démonstration. Derrière lui, Nasser Al-Attiyah gère son nouveau trône de leader au général, tandis que Sébastien Loeb, tel un métronome, grignote les rangs un à un. L'Alsacien s'est emparé de la troisième place provisoire pour un souffle (quatre secondes de pure adrénaline) au détriment de Henk Lategan.

À l'approche de Bisha, l'émotion s'invite dans l'habitacle du Century. Pour Serradori, ce succès d'étape sonnerait comme une confirmation éclatante, six ans après son premier coup d'éclat. Mais pour son navigateur, Loïc Minaudier, c'est le parfum d'une première fois qui flotte dans l'air. L'ancien motard touche enfin du doigt le Graal : une victoire de spéciale sur quatre roues. Le désert a peut-être choisi ses héros du jour, mais la route vers la victoire finale reste un chemin de croix où chaque dune peut encore tout briser.

Si Serradori s'offre la gloire de l'étape, Nasser Al-Attiyah réalise, lui, une opération comptable de haute voltige. Véritable métronome des dunes, le Qatarien a bétonné son trône en repoussant ses rivaux directs à des distances respectables. En franchissant la ligne avec sept minutes d'avance sur Henk Lategan et quatorze sur Nani Roma, le "Prince du Désert" a érigé une muraille de protection : il compte désormais 12 minutes d'avance sur le Sud-Africain et 12'50'' sur un Nani Roma qui voit la deuxième place lui échapper.

Classement de l'étape 10

© Dakar.com

Classement général après l'étape 10

© Dakar.com