La chambre régionale des comptes rendra prochainement son rapport définitif et dresse un bilan sévère pour l'aventure du GIP dans l'organisation du Grand Prix de France de 2018 à 2022 avec un déficit net de 28,1 millions d'euros.
Le Grand de France F1 a vu son aventure s'arrêter au terme de son contrat en 2022, et aucune volonté de la FIA et la FOM n'ont permis de garder l'épreuve au calendrier de la F1. Plusieurs facteurs politiques, logistiques et économiques expliquent cette absence au calendrier, mais l'ex-promoteur de l'évènement a rendu un bilan déficitaire.
Des pertes colossales pour le Grand Prix de France
Relancé en 2018 sous l’impulsion d’un groupement d’intérêt public (GIP) présidé par Christian Estrosi, le retour de la F1 dans le Var devait être la vitrine sportive et économique du Sud-Est. Mais derrière l’enthousiasme affiché, les magistrats financiers décrivent un dispositif incapable d’équilibrer ses comptes. En quatre éditions, le GIP a accumulé plus de 28 millions d’euros de pertes, révélant un modèle économique jugé « structurellement déficitaire ». À cela s’ajoutent des critiques sur la gouvernance, la maîtrise des dépenses et la passation de plusieurs marchés publics.
À l’été 2025, la facture totale atteint un niveau vertigineux : plus de 100 millions d’euros d’argent public mobilisés entre subventions, avances et soutien de l’État. Les collectivités partenaires doivent désormais absorber un passif de près de 36 millions d’euros.
Une enquête judiciaire ouverte
Ces dérives financières n’ont pas échappé au parquet de Marseille, qui a ouvert une enquête préliminaire pour favoritisme et détournement de fonds publics. Les investigations se concentrent notamment sur plusieurs contrats de conseil, dont certains attribués au cabinet de l’avocat Arnaud Péricard, pour un montant dépassant les deux millions d’euros.
L’entourage de Christian Estrosi assure que le maire de Nice n’a jamais eu la main sur la gestion opérationnelle du GIP, renvoyant la responsabilité vers les directeurs généraux successifs. Mais les statuts du groupement, eux, rappellent que le conseil d’administration (présidé par Estrosi) fixe les orientations, valide les budgets et supervise les contrats. Et plusieurs documents internes montrent que l’élu était informé des difficultés financières bien avant l’effondrement du modèle.
Un courriel d’octobre 2021, adressé directement à Christian Estrosi et à son premier adjoint, évoque par exemple un besoin urgent de financement pour éviter un défaut de paiement vis‑à‑vis de Formula One Management. À cette période, le retrait d’un partenaire public majeur fragilise déjà l’équilibre du projet.
Face à l’impasse, Christian Estrosi sollicite début 2022 un soutien renforcé de l’État. Une réunion est organisée à Paris quelques semaines plus tard, sans lui mais avec plusieurs cadres du GIP et des représentants de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Ces échanges n’empêcheront pas la disparition du Grand Prix après l’édition 2022, faute de modèle viable (peut-être que la FIA et la FOM n'ont pas apprécié le refus du GIP d'organiser un Grand Prix de France à huis clos pour soutenir un calendrier en pleine pandémie du Covid...).
Selon plusieurs sources, des réunions régulières se tenaient à Paris entre la direction du GIP et Christian Estrosi, qui avait placé plusieurs proches dans l’organigramme. L’avocat du maire de Nice assure qu’il ne s’agissait que de rencontres stratégiques, sans implication dans la gestion quotidienne. Mais pour les magistrats financiers, la frontière entre stratégie et pilotage opérationnel apparaît moins nette.