Cible d'un déferlement de haine sur les réseaux sociaux après avoir réclamé une suspension contre Franco Colapinto, Lando Norris nage en eaux troubles.

Au lendemain d'un Grand Prix d'Azerbaïdjan cauchemardesque marqué par son abandon provoqué par le pilote argentin, le champion du monde en titre se retrouve propulsé au cœur d'une tempête toxique hors de la piste.

Une suspension pour Colapinto est-elle souhaitable ?

Si Lando Norris prêche seul pour une course de suspension, les ténors du plateau ont fait preuve de davantage de clémence. George Russell, Max Verstappen et Isack Hadjar, réunis sur le podium de Bakou, s'accordent à dire qu'un bannissement serait disproportionné.

« C'est une petite erreur aux conséquences colossales », a tempéré Russell. « À mon sens, une suspension de course doit sanctionner un acte délibérément dangereux et irresponsable. C'est simplement un fait de course regrettable. » De son côté, Isack Hadjar a pointé du doigt les imperfections du tracé azerbaïdjanais, jugeant la piste « pas au niveau » en raison de ses bosses hors trajectoire et de la difficulté extrême à faire monter les pneumatiques en température derrière la voiture de sécurité.

Si l'incident évoque le souvenir du carambolage de Spa-Francorchamps en 2012 causé par Romain Grosjean (qui lui avait valu une suspension d'une course), le contexte actuel diffère. L'accrochage de Bakou a impliqué moins de monoplaces, et l'écart de Grosjean avait précisément incité la FIA à mettre en place le système de points de pénalité sur le permis.

Pour autant, peut-on mettre en évidence que le tracé dans les rues de Bakou est propice aux accidents, sinon les incitant à la moindre inattention d'un pilote. Franco Colapinto rate totalement sa relance, l'Argentin ne voit que la trajectoire à gauche libre de toute monoplace, mais dans un virage à gauche serré, l'entonnoir se referme sur lui alors qu'il est passager de sa monoplace à la suite de son freinage appuyé mettant ses roues au carré. Un excès de confiance dans une décision prise à la hâte sur un circuit propice aux moindres contacts avec les murs, le pilote argentin est-il plus à blâmer ici que sur une vraie piste non bordée par des murs de béton ?

Norris ne décolère pas

Avant même de voir sa course se terminer prématurément au premier virage par le strike provoqué par Colapinto, Lando Norris vivait déjà un véritable calvaire sur le tracé urbain de Bakou. Englué dans le peloton après une faute de pilotage survenue plus tôt dans l'épreuve, le champion du monde britannique était comme l'ombre de lui-même, totalement incapable de résister aux assauts répétés de ses rivaux. « J'étais simplement lent », a confessé le pilote McLaren au micro de Sky Sports. « J'ai énormément souffert durant cette course. Vous avez vu à quelle vitesse tout le monde m'a dépassé. »

Éliminé sans ménagement dans le carambolage déclenché par le freinage suicidaire de Franco Colapinto, Norris a laissé éclater une amertume féroce, fustigeant sans détour le niveau du jeune Argentin.

« Certes, j'ai commis cette erreur. Mais au bout du compte, on m'a simplement sorti de la piste. Pour être honnête, il y a certains pilotes qui ne devraient même pas être en Formule 1 », a lâché le Britannique, le couteau entre les dents.

Jugeant la sanction de cinq places de pénalité infligée à Colapinto bien trop clémente au vu du naufrage provoqué, Norris a vivement interpellé les autorités sportives par l'intermédiaire de PA Media pour réclamer un tour de vis réglementaire.

« Si vous provoquez un crash sur une relance de cette manière, vous devriez écoper d'au moins une course de suspension », a-t-il martelé. « On m'a tout simplement éliminé. La FIA devrait se montrer bien plus stricte et commencer à distribuer des bannissements pour ce genre d'actions. »

Dimanche, le ministre argentin des Affaires étrangères, Pablo Quirno, s’est exprimé sur X (anciennement Twitter) pour répondre aux propos de Norris au sujet de Colapinto. Quirno a accusé Norris d’être hypocrite et a souligné que Norris n’avait pas été pénalisé lorsqu’il avait percuté son coéquipier chez McLaren, Oscar Piastri, lors du Grand Prix du Canada l’année dernière.