Devenir pilote de F1 ne se fait pas du jour au lendemain. Pour cela, un cursus est nécessaire, une sorte de parcours obligatoire.

Un pilote de F1 a été avant tout un pilote de plusieurs séries de promotions, que ce soit de la Formule Renault, de la Formule 3, du GP3 ou encore du GP2. En moyenne, un pilote met entre 5 et 6 ans pour atteindre le pinacle du sport automobile, moins pour les plus chanceux ou les plus doués, plus pour les moins chanceux. Cependant, avoir une place en F1 n’est pas devenue chose facile de nos jours et se résume à un duel de mallettes de dollars bien fournies. Mais avant de parler de cela, retour sur le parcours d’un pilote de F1 selon Toto Wolff.

Le directeur de l’équipe Mercedes F1 a expliqué le parcours d’un pilote allant du karting à la F1 et son coût. « Si quelqu'un a du talent, beaucoup de talent, il aura probablement besoin de dépenser 1 million d’euros en karting pour participer à des courses en junior, senior et internationale. Il devra faire au moins une saison en Formula Renault ou en Formule 4 qui coûterait 350 000 euros s’il le fait correctement. Il devra payer 650 000 euros pour une saison de F3, ce qui fait que nous sommes à 2 millions d’euros. Il aura probablement besoin d'une autre saison en F3, ce qui fait un total de 2,7 millions d’euros et il n’a pas encore fait de GP2 ou World Series. Donc, disons que ce pilote sera à 3 millions d’euros s’il a un talent extraordinaire. Le GP2 ajoute 1,5 millions euros de plus. Si vous voulez être sur le côté sécuritaire, On est entre 4,5 millions d’euros et 5 millions d’euros et le pilote a seulement fait une année en GP2. Il est sur le point d'entrer en F1, mais il a besoin de 2 à 3 millions d’euros pour un volant. Donc on parle d’un total de 7 à 8 millions d’euros », explique-t-il au site Raconteur.

Si on prend le chemin dessiné par Toto Wolff, Un pilote atteint au bout de cinq ans la F1, ce qui correspond à la moyenne des pilotes du plateau 2015. Mais les parcours de ces derniers sont bien différents de celui énoncé par Wolff, qui ressemble fortement à celui de Nico Rosberg.

Si on regarde la grille 2015, 71,4% ont fait au moins une saison complète de F3, 66,7% une saison complète de Formule Renault, 42,8% de Formule BMW et seulement 38,1% de GP2 et 19% de GP3. Il ne fait aucun doute que la F3 comme la Formule Renault sont des viviers de pilotes de F1. 8 pilotes du plateau n’ont pas fait une seule saison complète dans l’un des championnats GP. Afin de vérifier les propos de Toto Wolff, prenons le parcours des jeunes rookies de la saison, à l’exception de Max Verstappen qui n’a fait qu’une saison en monoplace, ce qui correspond à un budget de 1,65 millions d’euros.

Parlons du parcours de Felipe Nasr par exemple. Il effectue ses premiers tours en monoplace en 2008 avec deux courses en Formule BMW Americas. Ce n’est que l’année suivante où il fait sa première saison complète en Formule BMW. Suivront deux saisons en F3 britannique et 3 saisons en GP2. Le calcul est simple : 1 million pour le karting, 300 000 euros pour la Formule BMW, 650 000 euros pour la F3 et 1,5 millions pour le GP2, ce qui fait un total de 7,1 millions d’euros.

Will Stevens a un parcours un peu différent. Il fait ses débuts en monoplace en 2009, en Formule Renault UK avant d’atterrir en Eurocup 2.0 et en 3.5. Le Britannique restera fidèle aux championnats Renault. Son parcours se décompose en deux saisons en Formule Renault UK, une en Eurocup 2.0 et trois en 3.5. Cela représente un budget total de 4,3 millions d’euros avant d’accéder à la F1, sans passer par les championnats GP ou la F3.

Autre arrivant des World Series, Carlos Sainz Jr. Membre de la filière Red Bull depuis 2010, année où il débute en monoplace. Effectuant des piges dans plusieurs catégories, c’est en Formule BMW qu’il fait sa saison complète. Mais la suite de son parcours est assez atypique. Il effectue une saison en Eurocup 2.0 et NEC (double programme), une saison en F3 (F3 Euro Series, FIA F3 European et F3 British la même saison), une saison en GP3 avec quelques piges en Formule Renault 3.5 et enfin une saison complète en 3.5. Si on décompose le calcul, cela représente, en plus du million d’euros pour le karting, à 300 000 euros pour la Formule BMW, 350 000 euros pour l’Eurocup, 90 000 euros pour le 2.0 NEC, 400 000 euros pour la F3 British, 2x600 000 euros pour les championnats F3, 600 000 pour le GP3, 1,15 millions d’euros pour les deux saisons de 3.5, ce qui fait un total de 4,09 millions d’euros.

Les montants ne prennent pas en compte l’apport pour accéder en F1 bien entendu. Pour Carlos Sainz Jr, la prolongation de contrat de Cepsa chez Toro Rosso et l’arrivée des bières Estrella Galicia ont été un gage pour son volant. Concernant Felipe Nasr, Banco do Brasil a financé son volant chez Sauber à hauteur de 22 millions d’euros selon plusieurs sources. Quant à Will Stevens, il aurait payé entre 12 et 15 millions d’euros pour participer à la saison avec Manor. Ce principe de payer pour un volant de F1 ne remonte pas à hier puisque le célèbre Juan Manuel Fangio, quintuple champion du monde, a financé son volant avec le soutien du gouvernement argentin.

On arrive donc à des sommes affolantes, dépassant les 8 millions d’euros suggérés par Toto Wolff. Rares sont ceux qui ne dépensent pas durant toute leur carrière une somme inférieure à 15 millions d’euros, apport pour la F1 compris.

De ce fait, les pilotes « boudent » la F1 et vont ailleurs, dans des catégories nécessitant peu ou pas de budget. Parmi les exemples, on peut citer Mitch Evans, pilote d’origine néo-zélandaise. Champion GP3 en 2012, 4e du dernier championnat GP2, le pilote a été approché par des filières mais là, la douche a été froide. « J'ai eu des offres d'un certain nombre des meilleures équipes, y compris Red Bull et Ferrari, pour aller dans leurs programmes juniors, mais je devais quand même fournir un peu d'argent », explique-t-il au site Raconteur.

Autre pilote, Sam Bird. 5e du premier championnat de Formule E, vice-champion de GP2 2013, 3e du championnat de Formule Renault 3.5 2012, le Britannique est pilote d’essais Mercedes en 2011. Alors qu’il vise un volant de titulaire, l’obstacle financier l’en empêchera. « J’étais sur la bonne voie pour aller en F1 jusqu'à ce qu'on me dise que je devais amener des millions et des millions d’euros », déclare-t-il. « Mon temps passé chez Mercedes était super mais après avoir bien fait en GP2, je ne pouvais pas rester assis à ne rien faire et être un pilote de réserve, je devais courir quelque part. J’ai activement recherché un siège de course, qui n’allait jamais arriver parce que je n’avais pas le budget ». Le pilote, qui court actuellement en LMP2 avec G-Drive Racing et a couru avec Virgin Racing en Formule E, a dénoncé en janvier dernier le fait que les équipes sont plus intéressées par l’argent que par le talent.

L’arrivée du nouveau barème concernant l’obtention de la super licence en F1 devrait assainir cet aspect décrié par beaucoup de pilotes des formules de promotions. Mais l’argent restera toujours un facteur important dans la progression d’un pilote, que ce soit en F1 ou même dans les formules de promotion. Est-ce un gage de non-qualité ? Pas si sûr quand on voit Sebastian Vettel ou Lewis Hamilton, des rares exceptions de pilotes financés qui ont réussi en F1.