C'est une tradition désormais de voir certains pilotes faire des "donuts" pour célébrer une victoire. Une pratique plus américaine qu'européenne, mais d'où viennent ces donuts, qui les a inventé ?

Il y a des traditions en sport auto comme ça, qui naissent et se perpétuent, un gimmick presque nécessaire que les fans attendent avant, pendant ou après une course. Si la tradition de la douche au Champagne sur les podiums fut initiée par Dan Gurney, qui est à l'origine des donuts ?

Les donuts, merci Alex Zanardi

La pratique des donuts, qui consiste à faire patiner les roues arrières et créer une panache de fumée a bien failli échapper aux photographes... tout simplement car ils se situés au mauvais endroit. En effet, nous sommes en 1997 à Long Beach pour la troisième manche en CART (ex-IndyCar Series) et tous les photographes se positionnent à leur emplacement habituel, c'est à dire sur la Victory Lane (lorsque le drapeau à damier est agité) ou à l'emplacement réservé au vainqueur dans les stands.

Un seul photographe, un étudiant du Long Beach Press-Telegram du nom de Kevin Sullivan n'est pas posté au même endroit que les autres. Il avait été missionné de couvrir la course, mais au moment du drapeau à damier, ce dernier était encore posté au virage 1.
Positionné sur Shoreline Drive, Kevin Sullivan pensait être au mauvais endroit... mais le vainqueur du jour, Alex Zanardi, ralentit et se décala pour garer sa Target-Ganassi Racing Reynard-Honda sur le coté près de l'échappatoire, le photographe saisit son Nikon N90 et shoota la scène.

Bien lui en a pris, puisque Alex Zanardi enfonça la pédale des gaz pour faire patiner sa voiture, il a exécuté non pas un 360°, mais un simple 270°, alors que le pilote eut peur d'encastrer sa voiture dans la barrière de sécurité, mais l'intention était bien là ! Ce jour-là Kevin Sullivan était le seul à saisir le premier donuts réalisait après la victoire d'un pilote. "Les Dieux de la photo étaient avec moi ce jour-là" avait déclaré Kevin Sullivan.

Les donuts interdits... rapidement plébiscités !

On ne présente plus Alex Zanardi, après une première carrière compliquée en F1 (la seconde le sera tout autant), il bascule de l'autre côté de l'Atlantique en 1996 en CART chez Ganassi Racing, une pointure d'écurie qui le changea des écuries mourantes qu'était Lotus en F1. Après 3 victoires la première saison à Portland, Mid-Ohio et une superbe prestation à Laguna Seca dont un dépassement dans les ultimes tours sur Bryan Herta pour s'emparer de la tête de course au Corkscrew qui reste dans la Légende.

L'italien deviendra le favori pour la saison 1997, dont sa première victoire intervient donc pour le Grand Prix de Long Beach (il sera sacré cette saison 97 et en 98). Ce 13 avril 1997, Zanardi franchit la ligne en vainqueur, Chip Ganassi hurlait de joie dans la radio, Zanardi se devait se célébrer sa victoire. "J'avais ce multiplicateur de joie dans la radio avec Chip, je ne savais pas à ce moment-là que j'allais faire un donuts. C'est la première fois que j'ai failli écraser la voiture contre un mur. Je l'ai d'ailleurs un peu raté, ceux que j'ai effectué en 1998 étaient bien meilleurs" se souvient Alex Zanardi.

Après cette course de Long Beach, Zanardi connut moins de chance, il enchaîna 6 courses sans la moindre victoire ni le moindre podium. Mais à Cleveland à la mi-juillet, alors qu'il menait la course au tour 22, il chuta à la fin du classement et tel un gamer défoulé sur sa console de jeux, il remonta un à un ses adversaires pour s'emparer du leadership au tour 85 sur les 90 que comptait la course. Quand il s'avéra évident qu'Alex Zanardi allait remporter la course, un des officiels du CART s'est dirigé vers les garages de Ganassi et a informé que Zanardi serait condamné à une amende s'il faisait des donuts après le drapeau à damier.
Alors qu'Alex Zanardi franchit en vainqueur le drapeau à damier, Chip Ganassi fit signe à Morris Nunn (ingénieur de piste de Zanardi) d'informer le pilote de faire des donuts en piste et de brûler gomme !

Donuts à 360°, le public en redemande !

Si la pirouette n'avait pas capté l'attention du public à Long Beach, l'ancien aéroport de Cleveland Burke Lakefront offrait une vue dégagée supérieure pour le public, les caméras et les photographes pour assister aux donuts d'Alex Zanardi.
Le pilote italien s'exécuta dans une série de 360° spectaculaires sous la clameur du public. Devant l'accueil chaleureux de la part du public, le CART s'abstiendra de mettre à exécution sa pénalité, ils venaient de constater qu'une nouvelle tradition était née...

Mike Hull, l'un des ingénieurs chez Ganassi Racing voyait que les donuts devenaient populaires auprès du public, les spectateurs venaient avec des cartons de donuts qu'ils donnaient aux écuries, il y avait des piles de cartons partout se souvient le Mike Hull.
Alex Zanardi aura l'occasion de s'entraîner après chaque victoires, après Cleveland, une dizaine d'autres célébrations permirent à l'italien de peaufiner sa technique. Et bientôt, après le CART, ce sont les pilotes NASCAR qui ont adopté cette célébration qui est un incontournable après chaque victoire, impossible d'y échapper...

Étonnamment la pratique ne s'est pas beaucoup répandue en Europe, du moins pas après chaque victoire, Sebastian Vettel voulut l'instaurer mais à une époque où il fallait désormais préserver la mécanique des F1 pour plusieurs courses, c'était déconseillé de la part des écuries.
Pire... la FIA interdira la pratique avant de revenir sur sa décision (on n'est pas à un retournement de veste près...). On se souvient que Vettel célébra son 4e titre en Inde en 2013 avec une série de donuts ou les derniers Champions du Monde en titre, Hamilton et Rosberg le firent à Abu Dhabi ou au Mexique et dernièrement à Austin pour le pilote britannique. A Abu Dhabi en 2018, on se remémore le triple donuts de Vettel, Hamilton et Alonso pour célébrer la course du pilote espagnol.

Enfin, l'an dernier au mois de juillet, Alexander Rossi voulut faire un donuts pour célébrer sa victoire à Mid-Ohio, mais ce dernier ne put faire qu'un petit 180° avant de terminer dans l'herbe, la faute à un moteur dont le régime moteur et le rupteur sont compliqués à tenir pour effectuer la célèbre pirouette.

Source : Road And Track