Suite à l'annonce du Grand Prix d'Afrique dès 2030, Amnesty International accuse la F1 d’offrir au Rwanda un « trophée de sportswashing » suite à l'accord qui porte sur dix ans.
L’annonce d’un Grand Prix africain au Rwanda relance les critiques sur l’usage du sport pour redorer l’image d’un régime contesté.
Amnesty International dénonce le sportswashing du Rwanda
Amnesty International accuse la F1 de tenir des paroles creuses et d’offrir au Rwanda un véritable trophée de sportswashing après l’annonce, mardi, d’un accord de dix ans pour organiser un Grand Prix africain. Le projet prévoit une course au début des années 2030, sur un circuit encore à construire près du nouvel aéroport international au sud de Kigali. Ce serait le premier Grand Prix en Afrique depuis 1993.
« Un Grand Prix sur dix ans, soutenu par "Visit Rwanda", est un prix de sportswashing pour les autorités rwandaises », dénonce Felix Jakens, responsable des campagnes d’Amnesty UK, dans une réaction écrite. Selon lui, le pays multiplie les investissements dans les plus grandes compétitions mondiales (Arsenal, Aston Villa, les championnats du monde de cyclisme, et désormais la F1) pour polir son image et détourner l’attention de son « terrible bilan en matière de droits humains ».
Amnesty rappelle que la F1 affirme que le sport peut être "une force positive". « Cela sonne creux si la F1 ferme les yeux sur ses partenaires », poursuit Jakens. L’organisation accuse les autorités rwandaises de pratiquer la détention arbitraire, la torture et la répression de la liberté d’expression, des abus « commis à domicile ». Le gouvernement rwandais n’a pas répondu immédiatement à la demande des journalistes de Reuters.
L’accusation de sportswashing vise les pays soupçonnés d’utiliser le sport pour redorer une image ternie à l’international. Plusieurs autres hôtes de la F1, notamment au Moyen-Orient, ont déjà été ciblés par ce type de critiques.
Une stratégie sportive déjà contestée
L’accord de sponsoring entre Aston Villa et Visit Rwanda avait déjà suscité des critiques similaires en juillet dernier. Le board du tourisme rwandais a également signé des partenariats avec l’Atlético Madrid, le Paris Saint‑Germain, ainsi qu’avec des équipes américaines comme les Los Angeles Clippers et les Los Angeles Rams. Pendant huit saisons, la marque Visit Rwanda figurait aussi sur les manches du maillot d’Arsenal.
Le président Paul Kagame est régulièrement salué par des dirigeants occidentaux et africains pour avoir mis fin au génocide de 1994 et reconstruit le pays en une destination prisée pour l’investissement et l’aide internationale. Mais il est aussi accusé de réprimer ses opposants et de soutenir le groupe rebelle M23 en République démocratique du Congo, que les ONG accusent de meurtres, viols et autres violations graves des droits humains.
Lors d’une conférence de presse à Kigali, Kagame a affirmé que l’accord avec la F1 placerait le Rwanda sur une trajectoire « qui changera la perception de l’Afrique dans le monde du sport ». « Nous regardons le Rwanda dans le contexte d’un continent », a-t-il ajouté.
Un porte‑parole de la F1 a déclaré que le sport avait « l’opportunité d’inspirer et d’apporter la passion de la F1 à 100 millions de personnes à travers l’Afrique, et que le sport peut être une force positive ». Amnesty, elle, exhorte la F1 à « pousser au changement plutôt que de prêter sa marque à un exercice de relations publiques ».