C'est une tradition désormais de voir certains pilotes faire des "donuts" pour célébrer une victoire. Une pratique plus américaine qu'européenne, mais pourquoi Alex Zanardi est à l'origine des donuts en monoplace ?
Il est des traditions en sport automobile qui naissent d’un instant d'euphorie pour devenir des rituels immanquables, un gimmick presque nécessaire que les fans attendent avec ferveur après chaque joute sur l’asphalte. Si la tradition de la douche au Champagne sur les podiums fut initiée par Dan Gurney, c’est Alex Zanardi qui, presque malgré lui, a inventé la célébration des « donuts ».
Le jour où les « Donuts » sont entrés dans la légende
La pratique des "donuts", qui consiste à faire patiner les roues arrière pour pivoter sur place dans un panache de fumée, a bien failli échapper à l’histoire. Tout simplement parce que, ce jour-là, les photographes n'étaient pas au bon endroit. Nous sommes le 13 avril 1997, à Long Beach, pour la troisième manche du championnat CART (ex-IndyCar). Comme à l'accoutumée, la meute des photographes est massée sur la Victory Lane ou près de l’emplacement réservé au vainqueur dans les stands. Un seul homme manque à l'appel : Kevin Sullivan, un étudiant travaillant pour le Long Beach Press-Telegram. Encore posté au virage 1 au moment du drapeau à damier, il se pense hors jeu.
Alors qu’il se trouve sur Shoreline Drive, il voit la voiture du vainqueur, Alex Zanardi, ralentir et se décaler vers l'échappatoire. Sullivan saisit son Nikon N90 et shoote la scène. Bien lui en a pris : Zanardi écrase l’accélérateur. L’Italien exécute alors non pas un 360°, mais un timide 270°, manquant de peu d’encastrer sa Target-Ganassi Racing Reynard-Honda dans le mur. L’intention, elle, est historique. Kevin Sullivan sera le seul à saisir ce premier "donut" victorieux. « Les dieux de la photo étaient avec moi », confiera-t-il plus tard.
Les "donuts" interdits... et rapidement plébiscités !
En 1996, après une première carrière frustrante en F1, Alex Zanardi traverse l’Atlantique pour rejoindre le prestigieux Chip Ganassi Racing. Il y trouve une écurie à la mesure de son talent, bien loin des structures moribondes qu'il a connues en Europe. Après une première saison marquée par trois victoires (dont un dépassement légendaire au Corkscrew de Laguna Seca sur Bryan Herta), il devient le grand favori de la saison 1997.
Et sa première victoire interviendra donc pour le Grand Prix de Long Beach (il sera sacré cette saison 97 et en 98). Ce 13 avril 1997, Zanardi franchit la ligne en vainqueur, Chip Ganassi hurlait de joie dans la radio, Zanardi se devait se célébrer sa victoire.
"J'avais ce multiplicateur de joie dans la radio avec Chip, je ne savais pas à ce moment-là que j'allais faire un donuts. C'est la première fois que j'ai failli écraser la voiture contre un mur. Je l'ai d'ailleurs un peu raté ce donuts, ceux que j'ai effectué en 1998 étaient bien meilleurs" se souvient Alex Zanardi.
Après son succès à Long Beach, Zanardi traverse une période de disette. Mais à Cleveland, mi-juillet, il signe un exploit : tombé en fond de classement au 22e tour alors qu'il menait l'épreuve, il remonte un à un ses adversaires pour s'emparer de la tête à cinq tours de la fin. Sentant le coup venir, un officiel du CART informe l’écurie Ganassi que tout « donut » après la course sera sanctionné d’une amende. Chip Ganassi, n'en ayant cure, ordonne par radio à Morris Nunn (l'ingénieur de Zanardi) : « Dis-lui de brûler de la gomme ! »
Donuts à 360°, le public en redemande !
Sur l’ancien aéroport de Cleveland, la vue est imprenable. Sous les clameurs d’un public en délire, Zanardi enchaîne les 360° spectaculaires. Devant un tel accueil, le CART renonce à sa pénalité : une tradition est née. Mike Hull, ingénieur chez Ganassi, se souvient encore des piles de cartons de véritables donuts que les fans apportaient aux stands en guise de remerciement.
Zanardi peaufinera sa technique au fil de ses dix victoires suivantes. La pratique sera ensuite adoptée massivement en NASCAR, devenant un incontournable. En Europe, le rituel est resté plus rare, souvent freiné par la nécessité de préserver la mécanique des F1. Sebastian Vettel bravera pourtant l'interdit pour fêter son 4e titre en Inde en 2013, avant que la FIA ne finisse par tolérer la pratique. On se souviendra également du triple donut de Vettel, Hamilton et Alonso à Abu Dhabi en 2018 pour saluer le départ de l'Espagnol.
L’exercice reste toutefois périlleux : en 2018, Alexander Rossi tentera de célébrer sa victoire à Mid-Ohio par une pirouette, pour finir piteusement dans l’herbe après un simple 180°. Preuve s'il en fallait qu'être le « roi du donut » demande autant de doigté que de folie, deux qualités qu'Alex Zanardi possédait plus que quiconque.
Les derniers tours du Grand Prix of Long Beach 1997 (captation ratée des donuts par la réalisateur)
Une autre célébration d'Alex Zanardi
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