L'épopée de Renault outre-Manche en BTCC avec un deuxième titre. Retour sur la Renault Laguna qui a participé au championnat BTCC de 1994 à 1999.

Pour tous les fans de courses de voitures de tourisme, les années 90 étaient un âge d'or où chaque week-end était marqué par des courses réunissant les plus grandes marques européennes sur les circuits les plus prestigieux du continent. Les marques françaises étaient également de la partie, avec plus ou moins de succès.

1997 : domination totale

Après une saison 96 en demi-teinte, Renault devait à nouveau revoir sa copie pour aborder la saison suivante dans les meilleures conditions. Même si Audi avait été intouchable toute la saison grâce à son système Quattro, les ingénieurs de la marque savaient que leur responsabilité était également engagée dans cet échec. La deuxième partie de la saison 96 fut donc sacrifiée afin de commencer le développement très tôt, notamment du côté de chez Sodemo.
Après le départ de Will Hoy pour Ford pendant l'entre-saison, Williams doit lui trouver un remplaçant. Alors que tout le monde s'attend à un pilote réputé pour épauler Alain Menu, le choix se fait finalement pour Jason Plato, un pilote au nom relativement inconnu qui vient de remporter le Championnat Renault Spider.

Après l'écrasante domination d'Audi en 96 avec son système Quattro, il est décidé d'infliger une pénalité de 30 kg à la berline allemande afin de la remettre au niveau du reste du plateau composé de tractions. Même si la voiture aux quatre anneaux reste compétitive, elle a maintenant du mal à suivre la Laguna.
Dès le début de la saison, le succès arrive pour Renault, mais pas de là où on l'attendait. En effet, Jason Plato donne tort à ceux qui doutaient de son faible pedigree en signant les trois premières pole positions de la saison. Son coéquipier suisse confirme en remportant les quatre premières courses et en montant sur le podium pour les sept premiers rendez-vous.

La suite de la saison continue sur la même lancée et Alain Menu rentre dans les livres d'histoire en écrasant la concurrence ; il remporte douze courses sur vingt quatre et se classe seulement trois fois en dehors du podium. Après trois ans d'attente, le titre pilote arrive enfin ! Le doublé titre pilote/constructeur est également assuré par Plato, qui remporte de son côté deux courses et finit troisième au championnat pilote.

1998 : Renault sur la pente descendante

Pour la nouvelle saison, Renault se rêvait bien en double champion. Le constructeur revoit alors à nouveau sa voiture, autant sous que sur le capot. Techniquement parlant, la voiture de base est maintenant la Laguna Phase 2, s'alignant donc sur la gamme du constructeur. Le moteur est également mis à jour par Sodemo, délivrant maintenant 310 ch. Sur la carrosserie, la traditionnelle livrée bleue et jaune est remplacée par une livrée rappelant les voitures de course anglaises. La carrosserie est alors peinte en "British Racing Green" et les jantes sont de couleur or.

Après un ballast de 30 kg en 97, un nouveau coup dur est porté à l'équipe Audi, qui voit son système Quattro tout simplement interdit pour la saison à venir. Maintenant orpheline de son arme secrète, mais aussi de son pilote star Frank Biela qui part en Allemagne pour courir en Super Tourenwagen Cup, la marque allemande est maintenant totalement inoffensive. Les planètes semblent alors alignées pour une deuxième saison remplie de succès. Ou du moins en apparence.

La saison commence sur les chapeaux de roue pour la marque au losange, Plato et Menu menant les avant-postes. Menu remporte la deuxième course et Plato est leader du championnat après deux week-ends. La marque signe ensuite deux victoires lors du week-end de course à Oulton, mais la compétition est déjà plus rude. La concurrence vient alors principalement des Volvo S40 et Nissan Primera GT. À la mi-saison, tous les espoirs sont encore permis pour les deux pilotes Renault, mais la deuxième partie du championnat ne sera malheureusement pas la hauteur pour continuer à rêver.

Alors qu'Alain Menu arrive tout de même à sauver les meubles en remportant une nouvelle course et en sécurisant plusieurs podiums, Jason Plato ne peut pas tenir la cadence en deuxième partie de saison. Les deux pilotes Renault ne peuvent alors mieux faire que quatrième et cinquième au championnat pilote, avantage à Alain Menu (son pire résultat depuis 93). Au championnat constructeur, Renault finit troisième, cédant la deuxième place à Volvo lors de la dernière course pour un petit point.

La seule consolation vient du titre du norvégien Tommy Rustad qui remporta la Coupe Autosport, le championnat des pilotes indépendants. Pour le récompenser, l'écurie officielle Renault engagea une troisième Laguna d'usine lors du dernier week-end à Silverstone.

Cette saison voit également l'arrivée de nouvelles réglementations concernant les formats de courses. Chaque week-end est également alors composé de deux courses : la première était une course "sprint", dans la continuité des saisons précédentes, mais dont la grille de départ est maintenant décidée via des qualifications "One Shot", c'est à dire que les pilotes n'avaient qu'un tour pour signer le meilleur temps possible. La deuxième course "spéciale" était de plus longue durée et un pit stop devenait obligatoire, une grande première dans le championnat britannique !

1999 : Une fin douloureuse

Après une piètre performance en 98, l'aventure Renault en BTCC va de mal en pis pour sa dernière saison. La marque au losange a également perdu son pilote vedette, Alain Menu cédant aux chants des sirènes venant de chez Ford. Malgré une saison 98 en fond de grille, le constructeur américain promet une monture à la hauteur au pilote suisse grâce à son nouveau partenariat avec Prodrive.
La saison s'avère être une catastrophe pour Ford, qui finit dernier au classement constructeurs. Il est alors remplacé par Jean-Christophe Bouillon, pilote d'essais chez Williams en Formule 1, dont l'accession au championnat britannique en 97 avait été empêchée à la dernière minute par Jason Plato.

Confiant d'avoir fait le bon choix après son transfert, Alain Menu se permet même de lancer des piques à son ancienne écurie. Pour lui, les piètres performances des Laguna viennent de la mauvaise organisation du programme BTCC au sein du constructeur français, et les derniers développements ont pris un retard considérable.
Malheureusement pour Renault, l'ancien champion se révèle avoir raison et la dernière saison de la marque au Losange ne fut pas de meilleure augure. Notamment plombée par des problèmes de fiabilité de sa nouvelle motorisation, l'équipe française doit se contenter d'une unique victoire à Silverstone.

Une troisième Laguna privée sera à nouveau engagée dans le championnat anglais, cette fois-ci par Arena Motorsport. Après Russell Spence, c'est Will Hoy qui en prend le volant, faisant en même temps son retour au volant d'une Laguna après une saison décevante chez Ford.

Pour le dernier week-end à Silverstone, les Laguna arborait des "AU REVOIR" sur les pare chocs avant et arrière en place des traditionnels "RENAULT". Les fans de la marque française espéraient alors beaucoup pour ces adieux, sachant que l'unique victoire de la saison était déjà sur ce circuit.

Plato peut se placer en pole position pour la première course mais ne peut pas poursuivre le rêve. En effet, les problèmes de fiabilité du moteur, qui ont quelque peu plombé la carrière de la Laguna Phase 2, le rattrapent et le pilote ne peut pas démarrer la voiture sur la grille de départ.

La dernière course de la saison ne fut pas bien meilleure. Jean-Christophe Bouillon put se qualifier troisième sur la grille, mais un accident dès le premier tour avec un concurrent le mit hors course. Tous les espoirs reposaient alors sur les épaules de Jason Plato. Malheureusement, sa bonne course fut gâchée par un excès de vitesse dans les stands, l'obligeant à observer une pénalité.

Le coup fatal fut alors donné par Alain Menu, son ancien coéquipier et ancien héros de Renault. En retournant sur la piste après une sortie de la piste, celui-ci percuta violemment la Laguna. Plato tenta tant bien que mal de finir la course malgré les dégâts occasionnés mais sa voiture le lâcha à l'entrée des stands. Les mécaniciens n'eurent alors d'autres choix que de pousser la malheureuse berline verte jusqu'à son box. Des adieux douloureux ...

La meilleure Laguna du week-end est alors la voiture privée de Hoy, qui se classe sixième et septième, finissant la saison sur une note positive. La fin de la saison 99 marque donc la fin de l'aventure Renault BTCC, ainsi que la fin de l'entreprise Williams Touring Car Engineering.

La relation entre Renault et Williams avait déjà été mise à mal dès le retrait de Renault de la Formule 1 en 97 en tant que motoriste pour Williams. La fin de la saison 99 ne marque pas que le départ de Renault, mais aussi celui des équipes d'usine de Nissan et Volvo (une équipe indépendante continue à faire rouler des Nissan en 2000), laissant un championnat à trois constructeurs pour la saison suivante : Honda, Ford et Vauxhall.

Le passage des équipes Alfa Romeo et Audi avec leurs voitures sur-développées avaient tiré les coûts de développement et d'exploitation vers le haut, et les simples berlines aux carrosseries légèrement modifiées des débuts avaient laissé place à des monstres de fibre de carbone. Le championnat devenait alors moins intéressant pour les constructeurs, et l'âge d'or du championnat britannique venait bel et bien de prendre fin. Les plus nostalgiques de cet âge d'or peuvent cependant toujours prendre le volant de la Laguna BTCC sur le jeu vidéo TOCA Touring Car Championship.