La manche d'ouverture du WEC 2026 a été d'un très grand cru et pourrait bien être annonciatrice d'une saison exceptionnelle, tant en Hypercar qu'en LMGT3. La rédaction a choisi trois tops et trois flops de ces 6 Heures d'Imola, qui se sont conclues dimanche sur la victoire de la Toyota N°8.
Top 1 : le match Toyota-Ferrari reprend enfin

©DPPI/FIA WEC
C'est sans doute ce qu'on attendait depuis longtemps : une véritable confrontation entre les deux meilleurs constructeurs du plateau que sont Ferrari et Toyota. On pensait que les prototypes transalpins allaient de nouveau être imbattables...mais c'était sans compter sur les machines nippones, largement évoluées, qui peuvent enfin rivaliser à la régulière.
Ces 6 Heures d'Imola ont confirmé que Toyota avait travaillé à merveille sur les TR010 N°8 et N°7, qui ont respectivement décroché la victoire et la 3e place, pour la 100e course du constructeur depuis 2012 en WEC. Les voitures sont optimisées à souhait, avec une dégradation dérisoire, leur permettant d'enchaîner trois relais sur des pneus mediums et, par ricochet, de consommer beaucoup moins de carburant. Une approche conservatrice qui permet de tenir tête aux offensives Ferrari et qui a débouché sur ce succès pleinement mérité.
D'autre part, cette victoire récompense l'abnégation de Toyota : le constructeur japonais a en quelque sorte été "puni" de ses années de domination, faute de concurrence. Mais il faut se rappeler que, si Toyota était aussi parti du LMP1 avec Porsche et Audi...le WEC aurait sans doute vécu des jours plus tristes encore, d'autant que feu le GTE-Pro dégringolait aussi. Au lieu de partir, l'équipe est restée et montre que l'endurance, c'est son terrain. Peut-être que cette TR010 sera l'arme pour gagner Le Mans et faire tomber Ferrari de son piédestal sarthois.
Mention honorable : l'Alpine N°35 de Charles Milesi, Ferdinand Habsburg et Antonio Félix da Costa a figuré systématiquement dans le Top 5 depuis les premiers essais libres. Tant et si bien que le podium a failli être à portée de main, grâce à une course vierge d'erreurs et superbement exécutée. La 4e place finale est très encourageante pour la suite : car l'Alpine se plait sur les circuit rapides...Spa et Le Mans peuvent confirmer voire embellir cette bonne dynamique. La N°36, en revanche, était anonyme tout au long du week-end et ne s'est classée que 11e.
Top 2 : Un génial Anthony McIntosh sur une BMW remarquable

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En LMGT3, une voiture s'est distinguée par des manœuvres de dépassement plus splendides les unes que les autres : la BMW N°69 de l'équipe WRT s'est imposée, en devant même résister à la Corvette N°33 sur la ligne.
Mais c'est bien le préposé au départ, Anthony McIntosh, qui a époustouflé le public d'Imola, par des premiers relais agressifs. Jugez plutôt : l'Américain de 51 ans, gentleman driver de son état, a réalisé et réussi par trois fois la même manœuvre à Tosa en croisant de l'extérieur vers l'intérieur ses malheureux adversaires. Cette agressivité, devenue typique du LMGT3, a été d'une grande aide pour atteindre le podium.
Ce Top peut aussi faire une mention spéciale à la McLaren N°10 : Garage 59 prenait la suite d'United Autosport en LMGT3, avant l'arrivée de la marque l'an prochain en Hypercar. Cette victoire, pour une première apparition en WEC, aurait été ô combien méritée et aurait été l'une des belles histoires du week-end.
Le sport est parfois cruel, même avec les méritants. Cette victoire opportuniste n'enlève cependant aucun mérite à cette BMW N°69, qui a même superbement résisté à la pression de la Corvette derrière elle. Pour WRT, ce retour à la victoire fait aussi un bien fou, le temps que la consécration arrive enfin en Hypercar.
Top 3 : Genesis a bien travaillé

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Nouvelles venues dans la catégorie Hypercar, les Genesis GMR-001 ont connu leur premier week-end de course et ont globalement montré de très bonnes dispositions. Depuis le Prologue, les autos sud-coréennes n'ont connu que très peu de problèmes de fiabilité. La N°19, pilotée par Mathieu Jaminet, Paul-Loup Chatin et Dani Juncadella, a même fini les qualifications à juste une seconde du meilleur temps.
Cette même voiture a connu des déboires en course, en perdant de longs tours dans le garage. La N°17, avec André Lotterer, Pipo Derani et Mathys Jaubert, a toutefois réalisé une belle prestation : elle figurait même un temps dans le Top 10 des Hypercar. Pour un programme débutant, ce genre de performance est très encourageant et confirme le travail réalisé 500 jours en amont.
L'année 2026 sera celle de l'apprentissage pour les troupes de Cyril Abiteboul. Mais il semble que la voiture soit bien née, avec une fiabilité intéressante et un potentiel certain en course. Le châssis Oreca, réputé, y est sans doute aussi pour quelque chose.
Flop 1 : Peugeot de héros à zéro

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Après les qualifications, on se pinçait pour croire ce que les chronos affichaient : à 73 millièmes près, la Peugeot N°94 pouvait signer une pole extraordinaire, grâce à un Malthe Jakobsen qui l'a été sans aucun doute. Une 4e place sur la grille, surtout face aux monstres Ferrari et Toyota, avait une valeur énorme. Mais les 9X8, définitivement, ont toujours de gros soucis.
Cette voiture avait en elle-même été bien pensée avant que les LMDh ne fassent leur entrée en WEC en 2023. Il est clair cependant qu'elle soumet ses pneus arrière à la torture, particulièrement sur un tracé aussi sinueux qu'Imola. Loïc Duval n'a pas pu maintenir cette 4e place pourtant prometteuse et ni Malthe Jakobsen, ni Théo Pourchaire n'ont pu rattraper la situation sur le reste de la course.
Les deux Peugeot ont fini hors des points, la N°94 n'étant que 12e...et la N°93 a été hors du coup tout le week-end. Nick Cassidy y faisait ses débuts comme titulaire et son tête-à-queue en sortie de stands a fait mal au classement final (16e). La marque au Lion doit attendre avec grande impatience sa nouvelle voiture qui arrivera l'année prochaine...Peugeot sera là jusqu'en 2029, mais les résultats devront suivre, au risque que les dirigeants de Sochaux perdent patience.
Flop 2 : la cata chez Akkodis ASP

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Perdre une voiture est toujours pénible pour un constructeur, surtout quand il lutte aux avant-postes. Mais alors perdre les deux à la fois, sur casse mécanique...Le désarroi était total chez Lexus et l'équipe française Akkodis ASP, qui a vu ses chances de victoire partir en fumée en l'espace de deux minutes.
Les Lexus RCF sont des grand-mères au milieu des autres GT3. Leur efficacité était telle que le groupe Toyota n'a pas développé tout de suite une nouvelle voiture. La fiabilité a toutefois fait défaut aux N°78 et N°87, qui étaient à la poursuite de la McLaren de tête. Cette première manche de la saison s'est soldée par un zéro pointé qui fera sans doute mal.
Bien sûr, cette présence dans les flops ne signifie aucunement que ce double abandon sera une fatalité pour le reste du championnat. Il reste suffisamment de courses, en particulier Le Mans, pour corriger le tir. Et ainsi offrir à la Lexus RCF une tournée d'adieux digne de ce nom, avant de laisser la place à la féroce Toyota GR GT3 l'année prochaine.
Flop 3 : sabordage chez Cadillac

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Là, on peut parler d'un gâchis. Les Cadillac N°12 et N°38 n'étaient pas forcément dans leur assiette sur le circuit d'Imola, particulièrement la seconde citée...Mais la N°12 avait fait montre d'un sursaut d'orgueil, au point de se placer aux avant-postes, avec Will Stevens et Norman Nato.
Il a suffi d'un non respect de Virtual Safety Car pour hypothéquer les chances de cette voiture, qui avait en prime l'occasion de faire un gros coup : ses deux pilotes, avec un arrêt aux stands gratuit, avaient pris la tête de la course et auraient pu, à tout le moins, enquiquiner Toyota et Ferrari un bon bout de temps. Le drive-through qui s'en est suivi a condamné la N°12 à une place hors des points. Quant à la N°38, avec Earl Bamber et Sébastien Bourdais, le week-end eut beau être anonyme...il a rapporté les points de la 8e place. Un moindre mal.