La Toyota N°8 a illustré à merveille le génie stratégique du constructeur japonais en WEC, avec une victoire acquise à la malice. Alpine était proche du doublé, Aston Martin s'est sabordé et un sixième équipage différent s'est imposé en LMGT3. Retour sur les joies et les peines des 6 Heures de Fuji.
Top 1 : Toyota reste maître de Fuji

La manière qu'a eue la Toyota N°8 de s'imposer a quelque chose d'ironique face à Alpine, vainqueur l'an dernier : le fait de ne pas changer de pneus lors du dernier arrêt sous Safety Car a été décisif et Ryo Hirakawa a parfaitement résisté à la remontée infernale de Victor Martins sur l'Alpine N°36.
Le premier constructeur mondial n'était pourtant pas bien placé sur la grille (8e pour la N°8) et pouvait craindre de voir les leaders s'envoler sans les revoir. Et pourtant : c'est bien dans la dernière demi-heure que Toyota a joué la maestria qu'on lui connaît dans l'exécution des courses.
La N°8 devient le premier équipage de l'année en WEC à s'imposer deux fois et se hisse surtout, de manière presqu'inattendue, en tête du championnat des pilotes avec Sébastien Buemi, Ryo Hirakawa et Brendon Hartley. C'est d'ailleurs la dixième victoire de Toyota à Fuji dans le cadre du WEC moderne : seul Porsche en 2015 et 2024 puis Alpine l'an dernier ont interrompu la mainmise de la marque de Tokyo sur ses terres.
Top 2 : Alpine proche du doublé à Fuji, mais fantastique du début à la fin

Les regrets devaient être immenses chez les troupes d'Alpine et de Signatech : la pluie avait conduit à l'annulation des qualifications, ce qui avait occasionné, pour la première fois, une première ligne 100% Alpine.
Les A424 ont toujours été particulièrement véloces sur le Fuji Speedway : les progrès de la voiture en ont fait une candidate logique à la victoire, tant et si bien que dans le second tiers de course, les N°36 et N°35 étaient en route vers un doublé exceptionnel. Las, les stratèges de Signatech n'ont pas aussi bien pris la mesure des événements et de l'expérience de Toyota.
Néanmoins, Alpine réalise une nouvelle solide prestation et s'offre un deuxième podium consécutif après Austin. La victoire aurait évidemment été bienvenue, mais nul doute que le groupe chinois Geely, en passe de sauver le programme, restait attentif aux événements avant de faire une annonce désormais imminente.
Top 3 : Fuji a consacré un sixième équipage vainqueur LMGT3 cette saison

Si le suspense au championnat n'est que partiellement relancé, la catégorie LMGT3 reste un cauchemar pour les amateurs de pronostics. Les 6 Heures de Fuji ont consacré la BMW N°32 de l'équipe WRT, avec Augusto Farfus, Sean Gelael et Darren Leung : les trois hommes ont mis fin à une attente de deux ans depuis leur dernier succès, aux 6 Heures d'Imola 2024.
Cette victoire a en plus de cela été acquise par un Augusto Farfus démentiel, qui a pris la tête à la Corvette N°34 dans les dix dernières minutes, au terme d'un relais impressionnant. Voilà désormais six équipes victorieuses en autant de courses cette année, une première depuis la création de la catégorie en 2024. Il reste deux manches pour peut-être battre la statistique d'il y a deux ans, avec sept vainqueurs en huit courses.
Flop 1 : énorme gâchis chez Aston Martin

Les Aston Martin Valkyrie N°007 et N°009 étaient très véloces sur le Fuji Speedway, au point de se mêler à la lutte pour la première place contre les Alpine. Mais en endurance, la vitesse pure doit être ajointe à bien d'autres qualités, comme l'intelligence stratégique et la constance. Ce sur quoi la BoP ne peut avoir d'incidence.
La N°007 était en l'occurrence bien placée pour jouer le premier podium d'une Valkyrie, voire carrément une victoire. Les chances d'exploit ont été gâchées par une manœuvre malencontreuse de Harry Tincknell, alors à la lutte avec l'Alpine N°36. Le Britannique est resté dans l'aspiration de la LMDh française jusqu'au dernier moment, afin de rentrer aux stands et surprendre Alpine. Mais le franchissement de la ligne d'entrée des stands a complètement hypothéqué les espoirs du duo Tincknell/Gamble, qui a écopé d'un drive-through, soit un siège éjectable hors du Top 10.
Jusque dans les dernières minutes, la N°009 était sur le point d'enregistrer un nouveau Top 5 pour Aston Martin et The Heart of Racing. Mais une erreur à quelques minutes de la fin a là aussi tout gâché. Les deux points de la 9e place ont été sauvés in-extremis au prix d'un dépassement sur une anonyme Ferrari N°51. Les Valkyrie marchent bien, c'est un fait. Mais une victoire implique de rendre une copie parfaite.
Flop 2 : un accrochage bien évitable en fin de course
Alors que les deux Alpine étaient en route vers le doublé, le remue-ménage est venu de la catégorie LMGT3. Finn Gerhsitz (McLaren N°58) attaquait Mattia Drudi (Aston Martin N°27) : tous deux étaient au coude à coude dans la ligne droite des stands. Mais les deux hommes sont allés au contact, occasionnant une crevaison sur l'Aston Martin et un gros carton pour la McLaren. Heureusement, Finn Gerhsitz s'en est sorti indemne.
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La piste de Fuji offre suffisamment d'espace pour deux voitures et de zones de dépassement. Aucun des deux n'a voulu lâcher et c'est d'ailleurs ce qu'on aime voir en sport automobile. Mais aller au contact en pleine ligne droite est excessivement risqué, d'autant que la BMW N°15 arrivait derrière et aurait pu être prise dans l'accrochage. Au vu des images, il reste cependant difficile de déterminer une faute. Ce fait de course a permis à Toyota de surprendre les Alpine avec brio.
Flop 3 : une BMW N°20 et des Ferrari loin du compte

Ces 6 Heures de Fuji auraient pu permettre à Ferrari de se rapprocher encore un peu plus du duo Toyota-BMW en tête des championnats pilotes et constructeurs. Mais les 499P, pourtant ultra véloces en début de saison dernière, sont plus en difficulté cette année.
La N°50, victorieuse à Austin, n'a pas pu rééditer quoi que ce soit et a dû abandonner sur une panne mécanique. Quant à la N°51, la mieux classée des deux au championnat pilotes, la course a été tout aussi laborieuse, au point de perdre la 9e place dans les derniers tours face à l'Aston Martin N°009. Les espoirs de titre continuent de s'envoler.
La BMW N°20, prétendante à la couronne mondiale, a connu un week-end maudit. Déjà, l'annulation des qualifications à cause de la pluie a empêché Sheldon Van der Linde, René Rast et Robin Frinjs de défendre leurs chances. Il fallait partir au 17e et dernier rang des Hypercars. Et comme si cela ne suffisait pas, un accrochage en début de course a relégué l'équipage à un tour. Impossible, sauf incroyable retournement de situation, de revenir vers les premiers rôles.
Dans leur malheur, les vainqueurs des 6 Heures de Spa restent à courte distance de la tête du championnat (14 points sur la Toyota N°8). Et le week-end de BMW, en Hypercar, a été sauvé par la N°15 de Kevin Magnussen, Dries Vanthoor et Raffaele Marciello, qui s'offre une 3e place acquise à l'abnégation.