Quel cruelle fin de rallye pour Oliver Solberg dans la toute dernière spéciale du Rallye de Sardaigne, la Power Stage, à deux virages et 300 mètres du but... il perd le titre mondial.

Au terme d'un final haletant en Sardaigne, Oliver Solberg a vu ses rêves de couronne mondiale s'envoler à seulement deux virages de la ligne d'arrivée, offrant le titre à Elfyn Evans.

A 300 mètres près, Solberg est sacré !

Avant de s'élancer sur la poussière sardienne, le jeune prodige suédois ne tenait qu'un fil entre ses mains. Affichant un déficit de 21 points sur le leader du championnat Elfyn Evans, alors que 35 unités restaient à glaner, Oliver Solberg devait accomplir un miracle. La couronne mondiale s'est finalement jouée au sprint, dans un duel à armes égales où le plus rapide sur l'ultime chrono décrocherait le Graal. Premier à s'élancer, Evans franchissait la ligne dans l'angoisse, le regard rivé sur le chrono, convaincu que son temps ne suffirait pas à stopper l'ouragan suédois.

Son instinct ne le trompait pas. Dernier à fendre la poussière de la Power Stage, Solberg alignait des intermédiaires étincelants, traçant une trajectoire parfaite pour filer vers le titre mondial avec quelques secondes de marge. La mécanique du destin semblait réglée comme un papier à musique. Ayant dompté les pièges du début de parcours, le pilote Toyota apercevait déjà l'arche d'arrivée quand le ciel lui est tombé sur la tête.

Le drame à deux virages du bonheur

À deux virages du drapeau à damier, la voiture de Solberg a décroché, s'encastrant dans le décor. Bien qu'il soit parvenu à reprendre sa route et à remporter le rallye, le temps envolé dans cette cabriole a offert la couronne sur un plateau à Elfyn Evans au terme d'un scénario d'une cruauté absolue. La victoire sur la manche finale n'offrait qu'une bien maigre consolation au jeune pilote :

« Deux virages, juste deux virages… Tout d'abord, félicitations à Elfyn. Il le mérite vraiment, il a fait preuve d'une régularité exemplaire toute la saison. Et le simple fait d'avoir eu une chance de me battre pour le titre après les montagnes russes de ma saison est déjà incroyable. »

Sans information sur ses temps intermédiaires, le pilote de 24 ans a jeté toutes ses forces dans la bataille sans pouvoir assurer : « J'attaquais à fond dans la spéciale, mais je ne savais pas si c'était suffisant. À la fin, j'ai eu peur que cela ne passe pas, alors j'en ai remis une couche. J'ai commis une petite faute sur le final et je n'ai pas pu rattraper la voiture. »

« On parle de deux virages. Je pensais que tout allait bien se passer, et c'était le cas jusqu'à ce talus de gravier à l'extérieur. Je ne m'attendais pas à ce que l'arrière l'accroche et m'embarque. C'était une surprise totale. Mais évidemment, à ce moment-là, vous roulez à la limite absolue. Je sais maintenant que j'étais plus rapide qu'Elfyn, mais c'est facile à dire avec du recul. Au moins j'ai essayé, j'ai vraiment tout donné. »

S'élançant en dernière position, le Suédois a dû composer avec une pression psychologique étouffante : « J'étais très nerveux dès le matin parce que je partais dernier. Il n'y avait personne derrière moi et j'avais très peur que la route ne cesse de se détériorer et de ralentir au fil des passages. Avant le départ, avec Elliott, nous nous sommes dit que quoi qu'il arrive, nous donnerions tout. »

Cette remontée fantastique dans la course au titre relevait déjà de l'exploit, un scénario auquel il ne croyait pas lui-même quelques jours plus tôt :

« Je ne crois pas avoir réalisé, même avant la Power Stage, que j'avais véritablement une chance de remporter le titre. Je savais seulement que je devais me donner à 110 %. J'ai tout tenté tout au long du week-end, jusqu'au tout dernier mètre. Mais quand on passe si près… Je n'y croyais pas vraiment au début de la semaine, et puis la foi grandit petit à petit. C'était ma première saison, et je reste fier de ce que nous avons accompli. J'y ai mis tout mon cœur. J'espère qu'il me reste encore de belles années devant moi pour retenter ma chance. »