Avant le début de la saison, Sarah Abadie, team manager de l'équipe Panis-Barthez Compétition en ELMS et de Tech 1 Racing, équipe connue en Formule Renault 2.0, a accepté de répondre à nos questions.

Simon a fondé l'équipe Tech 1 Racing en 2000. Il a commencé avec la Formule Renault puis le Megane Trophy Eurocup, l'Eurocup 2.0, les World Series... Quel est votre lien avec le constructeur Renault, car vous êtes principalement engagé dans des championnats gérés par Renault ?
Aucun lien en particulier avec Renault. Si ce n'est que des relations humaines sympathiques. En tant qu'organisateur de championnat, on avait forcément des liens avec Renault Sport. Il n'y a pas une plus grande affinité avec Renault qu'avec d'autres organisateurs ? Non, pas vraiment. Le temps où on a travaillé avec eux est long donc forcément, on tisse des liens et une certaine confiance.

La pyramide FIA a changé cette saison, avec plus de championnats annexes avec la FIA F3R et la FIA F3. Vous avez décidez de conserver cette confiance avec Renault, dans un championnat annexe à la F3R, pourquoi ? Pourquoi ne pas passer en F3R ?
Nous arrêtons la Formule Renault cette année pour différentes raisons, la principale étant que l'on voulait se consacrer pleinement au projet Blancpain. Ceci étant dit, la confiance en Renault était entière. Renault a toujours fait, et c'est ce qui leur donne toute leur crédibilité, l'équité sportive et technique, comparé à d'autres championnats. Ils ont un côté plus pragmatique et plus détaché.

Avant de choisir d'arrêter la Formule Renault, avez-vous poser des candidatures dans d'autres séries monoplaces ?
On avait, par acquis de conscience, déposé un dossier mais sans trop de conviction et sans chercher à l'appuyer, sur la FIA F3. Tout en sachant que cela nous paraissait risqué.

Risqué dans quel sens ?
C'est risqué parce que c'est quand même très très cher. Et comme les teams sont des investisseurs principaux du sport auto, il faut avoir confiance dans le projet pour se lancer. Car c'est un investissement financier, humain et en temps auquel on avait un peu plus de mal à croire sur les budgets annoncés. Ce n'est que notre opinion. Nous avons du mal à comprendre la monoplace telle qu'elle est aujourd'hui, à voir un avenir prospère et sain.

En tant que team privé et petite structure, l'avenir de ce type d'équipe est plutôt compromis malgré la nouvelle hiérarchie de la FIA ?
Je ne sais pas si c'est réellement la hiérarchie, c'est un peu tout. Bizarrement, depuis que beaucoup de championnat ont été repris par la FIA, on peut constater que ça a entrainé une augmentation sévère des budgets.

Tech 1 Racing Circuit Paul Ricard Formule Renault Eurocup

Est-ce que vous envisagez, à l'avenir, de revenir en monoplace ?
Rien n'est jamais fermé. On se laisse le temps de voir comment le marché réagit. On a du mal à croire, ce qui faisait parti de nos « revendications », aujourd'hui on voit une diminution drastique du nombre de pilotes en karting. Depuis une dizaine d'années, c'est l'érosion. Et mine de rien, le nombre de catégories monoplace augmente. On ne voit pas bien la logique dans tout ça. Et ça fait bien 5 ou 6 ans que l'on remonte cette information, à l'époque auprès de Renault notamment.
On a du mal à comprendre comment tous ces différents championnats de monoplaces promotionnels vont pouvoir survivre. Je parle des organisateurs mais aussi des teams qui sont derrière, mais aussi des pilotes qui vont peut être se retrouver dans des championnats « maigres », niveau moyen… c'est une interrogation que l'on sait fait dans l'hiver. Et notre réflexion nous a amené là.
On a du mal à voir comment tous ces championnats vont être alimentés en pilotes, en partenaires, en ressources financières nécessaires à une bonne santé des équipes et des championnats. On parle de pilotes qui sortent du karting et qui finalement, on ne sait pas s'ils sont bons ou mauvais. Cela fait investir beaucoup d'argent à une étape d'une carrière qui est très proche du début.

Comment on arrive à gérer en tant que team manager cette incertitude ?
Nous n'avons pas réussi à trouver les clés. C'est la vie de la monoplace aujourd'hui. Je pense que l'idée principale de la FIA de réduire le nombre de catégories, de faire des passerelles plus claires pour le public paraissait plutôt une bonne et saine idée. Ce qui a été un peu déterminent, c'est le fait qu'il y ait eu un peu de bazar, le fait que Renault « arrête » en quelque sorte, les championnats qu'ils avaient montés en World Series. Qui étaient je pense, sincèrement, les championnats, la structure de championnat la plus saine et la plus rationnelle en terme de rapport coût/carrière. Au final, en voulant bien faire, on se retrouve avec un paysage qui est moins clair. On a beaucoup trop de championnats parallèles, annexes, de même niveau. Une structure qui était plutôt claire au final devient trop compliquée et très chère.

L'aventure Panis-Barthez Compétition

Vous avez l'expérience endurance. Vous allez vous concentrer dessus avec votre partenaire Panis-Barthez. Comment se sont passés les premiers contacts avec Olivier Panis et Fabien Barthez pour la création de cette structure ?
Cela s’est fait simplement. Une rencontre de personnes, des atomes crochus, des projets communs. Fabien voulait revenir au Mans. Cela s'est fait naturellement. On connaissait Olivier par son fils, car on a travaillé avec Aurélien en 3.5, donc on se connaissait de là. Et puis, évidemment, on s'était connu en Formule Renault non pas en travaillant ensemble, mais l'un contre l'autre. Une sympathie, une entente qui a été très rapide avec Olivier et son fils. Et les choses se sont faites. Ils nous ont apporté le projet P2, savoir si ça nous intéresserait de travailler avec eux. Cela s'est fait assez simplement.

Vous n'avez jamais eu l'idée d'aller en endurance avec le nom Tech 1 Racing plutôt que celui Panis-Barthez ?
Bien sûr ! Maintenant, il faut reconnaître les forces et les faiblesses de chacun. Ce que nous cherchions, c'était des noms qui nous permettent de trouver plus aisément des partenaires pour nous suivre. Car ces championnats coûtent chers et les risques sont donc plus importants donc il faut avoir un « pool » de partenaires et de sponsors qui soit solide.

Est-ce qu'il y a des partenaires de Tech 1 qui sont devenus partenaires de Panis-Barthez ?
Tous les partenaires techniques oui.

24 PANIS BARTHEZ COMPETITION (FRA), Ligier JSP 217 – Gibson, Buret Timothé (FRA), Terexchenko Konstantin (RUS), LMP2, action

Le Blancpain, nouveau défi pour Tech 1 Racing

Cette saison, vous vous attaquez au défi Blancpain !
Oui. Les choses se sont également faites simplement. On a eu des contacts avec le management de Lexus en Europe. Des personnes que l'on connaissait par le passé, des connaissances de boulot qui bossent maintenant pour Lexus Toyota. Ça s'est fait comme ça, on était intéressé pour aller au Blancpain, ils cherchaient un team. Nous avons une bonne réputation dans le milieu, on a une équipe technique solide, des mécaniciens solides aussi, jeunes et solides. Pareil pour l'équipe technique, notre directeur technique est là. On a une équipe technique solide et c'est pour ça aussi qu'ils nous ont fait confiance.

Est-ce que vous ne vous êtes pas dit que c'était un projet fou ?
Si ! Vu la date à laquelle on a échangé ! Comme toujours, tout projet est toujours un peu fou. Mais on sait ce qu'on fait. Ce n'est pas comme si on ne l'avait pas fait plusieurs fois dans notre carrière professionnelle. On savait ce qu'on faisait.

Dernière question, est-ce que le travail entre frère et sœur est difficile ?
Rarement.

Vous arrivez toujours à être sur la même longueur d'onde ou à trouver des compromis ?
On est très rarement en conflit sur les aspects sportifs, sur l'entreprise. Ça nous arrive très rarement. On n’a pas forcément les mêmes domaines de compétences, on se fait confiance. Lui, il gère la partie technique, la logistique technique et moi un peu tout le reste. On rentre rarement en conflit car il y a peu de domaines où on pourrait rentrer en conflit.

Toutes les décisions sont prises entre vous deux ?
Oui, après on n’est pas en démocratie dans une entreprise. Mais effectivement, les décisions principales se prennent à deux. C'est un business commun et comme dans tous business communs, les grandes décisions se prennent entre tous les associés.