Entretien avec le Français Lucas Zielinski, au terme d'une saison quasi complète en ERC sous les couleurs de Renault et Michelin. 

À l'occasion de son engagement ce week-end sur la septième manche du Championnat de France des Rallyes 2026 au Rallye Cœur de France avec une Alpine A110 RGT+, Lucas Zielinski s'est entretenu avec France Racing après sa saison en ERC sous les couleurs de Michelin et au volant d'une Clio Rally3 avec son copilote Ewen Leenhardt.

Lucas Zielinski, une saison en Europe

Bonjour Lucas, premièrement merci d'avoir pris le temps de répondre à nos questions en marge de ce Rallye Cœur de France. La fin de cette saison 2026 de sport auto se rapproche, pour vous le gros de cette année est passé puisque votre programme en ERC est désormais terminé, comment s'est passée cette saison en Europe ?

Lucas Zielinski : Pour nous c'est une saison magnifique, il y a toujours des points à améliorer mais globalement on est très content de la saison que l'on a pu faire tant sur la perf que sur ce que l'on a vécu avec l'équipe Alpine, David Auto et Michelin. On a été surpris de pouvoir être très compétitifs dès la première manche, je pense que la voiture allait très bien sur ce type de terrain (ndlr. Sierra Morena en Espagne, la première manche de la saison). Que du positif, on a été surpris en Suède sur la terre où on ne s'attendait pas non plus à autant performer.

On retiendra que du positif de cette saison même si on aurait aimé aller au bout, mais on aura passé vraiment une super belle année.

Justement en parlant d'aller au bout, vous n'avez pas pris part à la dernière manche disputée au Pays de Galles et vous ne serez pas non plus au départ du dernier rendez-vous de la saison au Portugal, pour quelle raison ?

L.Z.: Tout simplement à cause du budget. Tout le monde a donné au maximum, que ce soit Alpine, Michelin ou l'équipe, tout le monde a réellement joué le jeu à fond et on sait que ce sont des coûts quand même assez importants avec les voyages, bien que l'ERC soit un format vraiment intéressant en termes de kilométrages et de coûts au kilomètre. Voilà, il nous a manqué du budget, on a essayé de le faire même si au championnat ça commençait à être très compliqué pour aller prendre la première place et le titre. On a préféré rester calme et déjà se tourner vers 2027 et travailler sur cette nouvelle saison dès maintenant afin d'essayer de monter un programme solide.

On se rappelle qu'après la première manche de la saison en Espagne, tu disais en interview de fin de rallye que c'était à ce moment-là un "one-shot" sans être sûr de la suite du programme. Quels étaient donc les objectifs cette saison, est-ce que ces derniers ont aussi évolué en cours de saison et surtout, est-ce que vous êtes satisfaits par rapport à ce qui était prévu ?

L.Z.: Pour ne rien cacher, au début il était prévu de rouler en France avec la Rally3 ce qui aurait aussi été magnifique quand on voit le championnat que l'on a, mais c'est vrai que l'on s'était vraiment mis en tête de partir à l'international et d'essayer de monter un truc sympa, donc on nous a donné l'opportunité, Michelin a aussi beaucoup contribué et Alpine qui a joué le jeu aussi. Au final on a eu une chance de faire une pige en Espagne et l'idée c'était de montrer ce qu'on valait et ce que l'on était capable de faire. Derrière, la victoire nous a forcément permis de confirmer que ce projet était viable et intéressant pour tout le monde. Du coup on s'est inscrit pour la manche suivante en Suède qui a aussi été un gros challenge et en fait de fil en aiguille on a pu monter ce programme, donc on est fier de ce que l'on a pu faire. Le Touquet a été une bonne mise en jambe (ndlr. première manche de la saison de Championnat de France disputée en marge de l'ouverture de l'ERC), on a vite senti qu'on était bien dans la voiture, elle était vraiment saine et se prend très facilement en main.

On est très fiers d'avoir pu faire cette saison et d'avoir réussi à aller jusqu'au bout de notre saison à nous, même si évidemment on aurait aimé aller faire les deux dernières manches.

Il y a eu ce beau résultat en Espagne dès le début de la saison, la belle surprise en Suède aussi avant un problème mécanique, on sait que l'ERC est un championnat très relevé, comment s'est passée l'adaptation en passant d'une Rally5 en France à une Rally3 dans un championnat international comme l'ERC ?

L.Z.: Je pense qu'il n'y a pas plus formateur qu'une formule de promotion et la filière Renault-Alpine sur ce programme-là est très bien faite car la transition se passe super bien. Je ne vais pas dire que c'est facile, mais honnêtement c'est quasiment facile de prendre en main la Clio Rally3, elle est vraiment très saine. On a aussi plus de choix en termes de setup et de réglages, donc on peut aller dans des directions qui nous conviennent plus en tant que pilote. On s'est vite senti à l'aise avec la voiture, la transition se fait bien et même si au tout début ça paraît impressionnant, au final on s'acclimate vraiment vite à la voiture.

Derrière ce qui est important, c'est de très rapidement trouver des solutions à chaque rallye en termes de setup car on a eu des conditions assez extrêmes, je pense notamment au Barum Rally en République Tchèque où on a eu des routes complètement défoncées ou alors l'Espagne où là justement c'est plus typé circuit.

On est parti d'une très belle base avec la voiture et on a essayé de travailler à chaque rallye pour trouver rapidement des solutions.

Rally Sierra Morena 2026, Lucas Zielinski s'impose d'entrée de jeu en ERC | © @World / Red Bull Content Pool
Rally Sierra Morena 2026, Lucas Zielinski s'impose d'entrée de jeu en ERC | © @World / Red Bull Content Pool

Toujours sur l'adaptation en ERC, mais cette fois-ci une question pour Ewen : en tant que copilote, as-tu dû élever ton "niveau de jeu" ? As-tu senti qu'il y avait un travail supplémentaire à faire pour progresser du fait que l'ERC soit un championnat plus relevé ?

E.L.: On a évolué dans un terrain qu'on connaissait pas du tout, donc évidemment il a fallu travailler plus. Nous n'avons pas beaucoup d'expérience, on doit avoir une vingtaine ou une trentaine de rallyes, alors qu'en ERC ils sont généralement plus jeunes que nous et avec beaucoup plus de rallyes et d'expériences, donc on n'a pas cet avantage-là, mais pour autant on s'en est très bien sorti je pense, autant sur la préparation des rallyes que les rallyes en eux-mêmes.

Vous disiez tous les deux ne pas avoir encore beaucoup d'expérience, mais vous vous retrouvez déjà dans un grand championnat international comme l'ERC qui est paradoxalement peu médiatisé en France alors qu'il est extrêmement suivi ailleurs en Europe. Est-ce que le fait d'être rapidement sorti de cette "bulle" FFSA, de cette "bulle" du championnat de France vous a enlevé un petit peu de pression afin de travailler plus tranquillement en ERC ?

L.Z.: Pas forcément. Le point positif, c'est que dans ma jeunesse je n'ai pas baigné dans le Championnat de France des Rallyes et j'arrive un peu en inconnu dans ce championnat, mais que ce soit en France ou en Europe l'accueil a été très positif. À côté de ça, j'ai pu prendre un préparateur mental cet hiver qui m'a permis de vraiment structurer toute la gestion d'une course, du stress et de tous les autres paramètres et au final on est arrivés en Espagne comme si on roulait en Rally5 sur un rallye en France. On a vraiment été très agréablement surpris de l'accueil en ERC, on a fait de superbes rencontres et ça permet aussi de continuer à pratiquer l'anglais, c'était un très bon exercice.

Votre programme ERC cette saison est donc terminé, retour au présent, vous êtes ce week-end au Cœur de France au volant d'une nouvelle voiture pour vous, l'Alpine A110 RGT+, quels sont les objectifs ce week-end ? Est-ce que le fait d'être au volant d'une nouvelle voiture préfigure une partie de votre futur programme 2027 ou s'agit-il simplement d'une opportunité supplémentaire cette année ?

L.Z.: C'est vraiment une opportunité qui a été montée avec l'équipe, on va essayer de profiter de chaque kilomètre dans la voiture, la voiture est fabuleuse. L'idée c'est de continuer à faire des kilomètres, peu importe la voiture, ça va nous permettre de nous développer encore plus. Aucun lien direct avec la suite à part engranger des kilomètres et prendre du plaisir.

Et en parlant du futur justement, c'est peut-être un peu tôt et il n'y a peut-être pas encore de choses de prévues, mais on imagine certainement que l'objectif est de retourner en ERC avec une saison complète qui permettrait d'aller chercher le titre ?

L.Z.: C'est l'idée. On est encore très ouverts sur les opportunités qui peuvent nous être présentées, mais on aimerait quand même garder ce fil rouge et vraiment continuer en Europe. Le championnat nous plaît réellement et on a aussi hâte de voir avec la nouvelle règlementation quelle tournure ça prend et en termes de médiatisation et de développement, c'est un super championnat. Donc l'idée ce serait de pourquoi pas repartir en ERC, en Rally3, car en Rally2 il y a encore un autre step à la fois en termes de budget mais aussi sur le plan sportif, on serait plus facilement noyé dans la masse tellement il y a de monde.

Ce serait bien d'aller chercher un titre en Rally3, on verra ce qui se présente et comment on arrive à monter ce projet car aujourd'hui on manque encore de budget pour monter un programme comme ça.

Pour terminer, cette année en ERC vous étiez donc sur une Renault, sponsorisés par Michelin, vous étiez un des rares équipages français engagés de manière régulière, est-ce qu'il y avait aussi une fierté de représenter toutes ces marques françaises à la fois sur un des championnats les plus relevés qui existe ?

L.Z.: Carrément ! Quand ça s'est acté durant l'hiver, c'était dur d'y croire au début. On a été ravis de pouvoir faire ça, on a pu aussi faire un peu de laboratoire avec ces nouveaux pneus en course réelle et au final ça a été un résultat positif dès la première manche.

On était hyper fiers d'avoir ces couleurs, on aimerait les garder tout le temps.

On espère pouvoir continuer à faire ce genre de partenariats pour la suite, car c'est quand même une fierté d'avoir des manufacturiers ou des entreprises du sport auto avec nous.

Crédits photo de couverture: @World / Red Bull Content Pool.