La longue bataille judiciaire qui oppose Felipe Massa aux instances de la Formule 1 vient de basculer : Bernie Ecclestone, la FIA et la FOM ont obtenu le droit de porter l'affaire directement devant la Cour Suprême britannique, gelant ainsi l'ouverture du procès fleuve à 64 millions de livres sterling réclamé par le Brésilien.

L'affaire judiciaire qui se joue dans les coulisses de la F1 vient de connaître un spectaculaire revirement de situation. Alors qu'en novembre dernier, la Haute Cour de Londres avait donné son feu vert à Felipe Massa pour que sa plainte pour « conspiration par des moyens illégaux » débouche sur un procès public, les instances dirigeantes du sport ont dégainé leur joker juridique.

La contre-attaque éclair des barons de la Formule 1

Le 4 juin dernier, les hauts magistrats britanniques ont accepté la requête de Bernie Ecclestone, de la FIA et de Formula One Management (FOM). Ces derniers ont obtenu l'autorisation exceptionnelle de court-circuiter l'étape classique de la Cour d'Appel pour porter une question de droit fondamentale directement devant la Cour Suprême du Royaume-Uni. L'objectif affiché de ce triumvirat est limpide : obtenir l'extinction pure et simple des poursuites et faire classer le dossier sans suite.

Du côté des accusés, le mot d'ordre reste le silence radio. Sollicités par la presse internationale, les porte-paroles de la F1 et de la FIA se sont cantonnés à un strict « aucun commentaire ». Nick de Marco, l'avocat vedette qui dirige le conseil juridique de Felipe Massa, a également été approché mais n'a pas souhaité réagir dans l'immédiat à ce coup de semonce.

Un chèque de 250 000 livres en suspens

Ce rebondissement intervient alors que le vent semblait tourner en faveur du Pauliste. En mars dernier, un magistrat de la Haute Cour avait en effet condamné la F1, la FIA et Ecclestone à verser la somme de 250 000 livres sterling (environ 300 000 euros) à Felipe Massa pour couvrir une partie des frais de justice engagés lors des premières audiences préliminaires d'octobre 2025.

Si le juge avait alors rejeté la demande de Massa visant à faire modifier rétroactivement le palmarès officiel de la saison 2008, il avait néanmoins validé la tenue d'un procès sur le fond concernant l'entente secrète présumée visant à dissimuler la vérité. C’est précisément sur les contours légaux de cette accusation que la Cour Suprême va devoir trancher, une manœuvre qui suspend de fait le versement des indemnités et fige le calendrier.

Pour comprendre l'acharnement de Felipe Massa, il faut remonter dix-huit ans en arrière, sous les projecteurs du premier Grand Prix nocturne de l'histoire à Singapour. Alors en tête de la course au volant de sa Ferrari, le Brésilien avait vu sa stratégie réduite à néant par l'accident suspect de Nelson Piquet Jr. Ce crash, orchestré en coulisses par l'écurie Renault pour favoriser la victoire de Fernando Alonso, avait provoqué l'intervention de la voiture de sécurité et précipité la débâcle de Massa aux stands (13e à l'arrivée). Au bout du suspense, il perdra le championnat du monde face à Lewis Hamilton pour un unique petit point.

Si le scandale n'a éclaté publiquement qu'en 2009 lorsque Piquet Jr est passé à table, la donne a changé suite à des aveux tardifs de Bernie Ecclestone. L'ancien grand argentier de la F1 avait confessé que lui et Max Mosley étaient au courant de la tricherie dès le week-end du Grand Prix du Brésil 2008, mais qu'ils avaient sciemment décidé de fermer les yeux pour éviter un scandale planétaire.

« J'ai hâte de prouver devant le tribunal qu'ils ont conspiré pour cacher la vérité », martelait récemment Felipe Massa dans un communiqué. « J'utiliserai tous les recours légaux possibles pour que cette injustice soit réparée. La Formule 1 est le plus grand sport au monde, mais il est capital qu'elle soit aussi le plus juste. »

La Cour Suprême a désormais les clés du destin de cette plainte historique : soit elle valide l'extinction définitive du dossier, soit elle ouvre la voie au procès le plus explosif et le plus coûteux des annales du sport automobile.