C'est durant la saison 2007 que nous découvrions ce qui était (plus ou moins avoué) l'espionnage industriel. En effet, la Formule 1 offre ce qui se fait de mieux dans la compétition automobile où les meilleurs ingénieurs se livrent une bataille d'ego et de prestige. Revenons sur l'affaire du Stepneygate !

Nigel Stepney (14/11/1958 - 02/05/2014) ingénieur chez Ferrari, se rendit coupable en 2007 d'un scandale d'espionnage. La requête du constructeur italien visait son mécanicien d'avoir divulgué des informations confidentielles concernant leur monoplace à destination de la concurrence. L'affaire a fait grand bruit dans le paddock, l'enquête allait occuper l'actualité.

L'espion qui m'aimait

Avant sa tragique disparition, l'ingénieur anglais s'était confié au magazine Racecar Engineering sur ce qu'il l'avait motivé à divulguer ces informations. Après la plainte déposée par Ferrari, le chef-mécanicien a été condamné à 600 € d'amende et 20 mois de prison. Une peine qu'il n'exécutera pas au regard de la loi italienne (il fut jugé en 2010 à Sassuolo).

Voilà ce qui s'est déroulé au soir du Grand Prix d'Australie 2007, après la victoire de la Scuderia Ferrari. Nigel Stepney s'est confié dans une communication privée avec Mike Coughlan, un employé de McLaren, avec lequel ils échangent des informations secrètes.

"J'aime gagner à partir de bases saines, avec fair-play, mais j'étais en désaccord avec certaines choses chez Ferrari." La discussion amenée par Stepney concerne la conformité de l'aileron arrière de la Ferrari, ainsi que le fond plat. "Je pensais que ce n'était pas correct, et bien que j'ai eu tort d'en parler, gagner ainsi n'était pas la meilleure manière d'agir."

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© Racecar Engineering - Ferrari Melbourne 2007

© Racecar Engineering - Ferrari Melbourne 2007

Stepneygate, le Cluedo de la Formule 1

A la suite de ses déclarations, Mike Coughlan reportera ces informations à ses supérieurs chez McLaren. Ces derniers mèneront l'enquête sur ces allégations de Stepney afin de vérifié s'ils (Ferrari) étaient dans la légalité. Pour ce faire, McLaren demandera à la FIA de clarifier les points de règlement technique concernant ces éléments. L'aileron arrière fut déclaré conforme, mais pas le fond plat. Malgré ce, McLaren ne portera pas réclamation concernant la victoire de Ferrari en Australie.

Quelques semaines plus tard, Ron Dennis a envoyé une lettre aux autorités sportives italiennes, récemment mise à disposition de Racecar Engineering, qui énonçait ceci :

"Nous avons choisi ne pas protester le résultat de la course du Grand Prix d'Australie, même s'il avère clair que Ferrari a disposé d'un avantage concurrentiel illicite."

Stepney a été accusé d'avoir transmis un dossier d'informations technique, dont on le retrouvera en possession de Coughlan. Mais ce dernier nie cette version, prétextant qu'on lui a seulement montré le document transmis qu'il n'avait pas lu 90 % des informations qu'il contenait.

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Conséquences d'un mal bien connu

Après ce scandale, la FIA a publié une notification aux équipes les avisant de ne pas recruter Stepney. Quelque temps plus tard, la situation changeait, c'est la FIA elle-même qui fît une proposition à Stepney. C'est l'ingénieur britannique, lui-même, qui le révéla :

"Je crois que six mois après que Mosley ait rétracté l'interdiction de m'embaucher, il avouait qu'il y avait beaucoup plus derrière cette affaire qu'il n'avait été dit. Ainsi, j'ai reçu une lettre de la FIA me proposant une offre d'emploi que j'ai refusé."

Cette affaire marquera la F1 comme une jurisprudence des sandales émaillant l'intégrité des équipes. Un scandale médiatisé dont chaque acteurs aura tenté d'en tirer profit, malgré les conséquences qu'elles entraînent dont l'éthique et la morale. McLaren fut exclue du championnat constructeurs en 2007 avec à la clé une amende record de 100 millions de dollars.