Interview d'Anthoine Hubert, champion de France de F4

2013-11-10T08:00:12+00:00dimanche 10 novembre 2013|FIA F4|
  • Anthoine Hubert F4 France 2013

Bonjour Anthoine, merci de nous accorder cette interview. Très peu de monde te connaissent. Je te propose de te présenter.
Je m’appelle Anthoine Hubert, j’ai 17 ans. Je suis né à Lyon. Je suis étudiant en Terminale S.

Tu te retrouves pour la première fois dans un karting (un baby kart) à l’âge de 3 ans. Il parait que tu slalomais sur les parkings de supermarchés entre des bouteilles d’eau… info ou intox ?
Non, c’est la réalité. Pour mon Noël, lorsque j’avais 3 ans, mon père m’a acheté un kart et jusqu’à 6/7 ans, mon père m’emmenait sur les parkings de supermarché et me faisait un circuit avec des plots. Puis j’ai eu un mini-kart et j’ai commencé à aller sur les circuits et j’ai commencé la compétition à l’âge de 7 ans.

Ton père a été pilote de Rallye. Peux-tu nous dire à quel niveau et si cela a joué dans ta volonté de faire de la competition ?
En quelque sorte oui parce qu’il roulait encore un petit peu quand j’avais 3 / 4 ans et puis le fait qu’il m’achète un kart, c’était vraiment pour le plaisir. Il a vu que ça me plaisait. Du coup, j’ai continué, il était vraiment à fond dedans et a ensuite, toujours, tout fait pour que je puisse rouler.

On va revenir sur ta jeune carrière. Karting pour commencer où tu remportes la coupe de France en 2005 et 2009, championnat du monde en U18 en 2011 et 2012 où tu finis 3e les deux années. Quel souvenir gardes-tu de tes années Karting ?
Plutôt un bon souvenir. Ça a été le début de tout. C’est mon passage en international en 2010 et c’est à partir de ce moment là que j’ai appris beaucoup. On voyage beaucoup. Il y a beaucoup de niveaux donc ça apprend à se donner à fond, à rechercher la perfection.

Tu as presque gagné à domicile l’année passée puisque tu t’es imposé à Angerville, à moins de 50 km de là où tu habites. Cette victoire avait une saveur spéciale ?
Oui, évidemment. C’est là où j’ai fait mes premiers tours sur un vrai circuit et puis j’étais toujours licencié là-bas. Donc, le fait qu’il y ait une course de championnat du monde sur ce circuit, j’avais vraiment envie de réussir. J’étais spécialement motivé ce week-end là. C’est qu’il y avait ma famille, des amis qui étaient venus donc le fait de gagner là-bas devant eux, c’était vraiment mon meilleur souvenir de kart.

De 2010 à 2012, tu fais parti de l’équipe de France FFSA Karting. Qu’est-ce que t’a apporté la fédération justement tant sur le plan financier que sur le plan sportif ?
En faisant parti de l’équipe de France, on a un apport financier attribué à chaque pilote. On a aussi des stages de préparation physique, des cours de média-training et pas mal d’animations. On se retrouve avec d’autres pilotes. Lors du premier stage à Chamonix, on est avec l’équipe de France Circuits. Ça permet de voir nos aînés, de leurs poser des questions. Pour moi, c’est vraiment super, et c’est aussi une fierté sur les courses de porter les couleurs de l’équipe de France.

Cette année, tu as couru en F4 avec l’Autosport Academy. Quel a été ton déclic pour passer à la monoplace ?
Cela faisait déjà une ou deux années que l’Autosport Academy est l’école obligatoire pour monter en F4, comme j’étais en équipe de France, on me proposait d’aller en F4 mais je n’étais pas encore prêt. En 2012, je savais que ce serait ma dernière année de kart. Je me suis bien préparé pendant l’hiver. J’ai fait les choses de manière à être prêt dès le début d’année.

Comment s’est passé ton adaptation à la monoplace? Cela a-t-il été simple ou au contraire, c’est tout un apprentissage à refaire ?
Il y a eu énormément d’adaptation car, hormis le fait qu’il y ait un volant, quatre roues et un moteur, c’est différent à conduire (par rapport à un kart). La technique est bien plus recherchée, spécialement sur les freins. Il faut savoir s’adapter rapidement.

Parlons de ta saison. Au Bugatti, tu gagnes 2 courses sur 3. Tu repars du Mans avec 33 points d’avance. Comment s’est passé ce premier meeting justement ?
C’est où tout le monde avait roulé puisque l’Autosport Academy est basé juste à côté. On a fait tous les essais hivernaux là-bas. J’étais vraiment impatient de voir comment les choses évolueraient. J’avais du mal à réaliser. Dès le début des essais, ça marchait bien. Tout s’est bien enchaîné, ce qui m’a permis de me mettre rapidement en confiance.

A Pau, deux nouvelles victoires. Tu enfonces le clou en prenant le large avec plus de 75 points d’avance. Puis vient Spa, le plus beau circuit du monde, où tu gagnes les 3 courses. Comment as-tu ressenti ce week-end belge justement ?
C’est vrai que le fait que j’aie gagné 3 courses là-bas m’a conforté dans l’idée que c’était le plus beau circuit du monde mais c’était vraiment super! Après les 2 premiers meetings où j’avais gagné 2 courses sur 3, je me demandais si je pourrais gagner une course en partant 10e. Le fait de la gagner, c’était extra, mais le faire à Spa, c’est le rêve.

Le Vigeant, deux nouvelles victoires et puis à Magny Cours, pas une seule victoire (4e à la course 1, accrochage à la course 2, 2e à la course 3). Que s’est-il passé à Magny-Cours ?
C’est vrai que ce n’est pas mon circuit préféré. J’ai loupé mes qualification donc je suis parti un peu plus dans le paquet et, tout de suite, ça a été moins facile comparé aux autres meetings où j’étais plus rapide que les autres, là, je n’étais pas au dessus du lot et je n’ai pas pu aller chercher la victoire.

A Ledenon, tu écopes d’une pénalité pour manœuvre antisportive sur Jules Gounon, transformant ta victoire en 11e place. Peux-tu nous expliquer cette manœuvre justement ?
Je prends le départ. Jules Gounon prend un bon départ. Je me décale sur la gauche pour lui fermer la porte mais il est dans l’angle mort de mon rétro, du coup je ne le vois pas. Au moment où je le vois, il est déjà derrière la ligne, presque à ma hauteur. On arrive dans le virage et je dévie de ma trajectoire pour lui laisser de la place mais les commissaires ont interprété que je n’avais pas laissé la place. On le voit sur les images, je ne savais pas où il était mais je respecte leur décision.

Tu l’as ressenti comme une injustice ?
La décision en elle-même, pas spécialement mais la manière dont ça s’est passé.

Lors de la 2e course, tu remportes le titre de champion de France de F4. Qu’est-ce que tu t’es dit lorsque tu as appris la nouvelle ? Tu t’y attendais ?
Oui je m’y attendais. En fait, lors de la première course, à l’arrivée, je n’avais pas d’avertissement, j’étais déjà champion. C’est plus tard que j’ai pris ma pénalité. J’ai ensuite perdu la victoire et le titre que j’avais acquis. Je savais en course 2 qu’en fonction de mon résultat, je l’aurais. Je pars 12e et je finis 4, et je remporte le titre.

Au Castellet, deux nouvelles victoires. Tu as fini la saison avec un total de 11 victoires sur 21 possibles. C’est un score plutôt impressionnant, digne d’un Vettel en F1 actuellement. Te rends-tu compte de la domination que tu as eu cette saison ?
Je ne me comparerais pas à Vettel mais c’est vrai que j’ai bien dominé le sujet. J’ai eu un petit passage à vide à Magny-Cours. A celle-là, je ne prends pas de victoire. Mais c’est vrai que cette statistique joue en ma faveur et je pense avoir bien gagné cette saison même si ça n’a pas été facile.

Grâce au partenariat avec Renault Sport, tu as pu tester à Barcelone un Formule Renault 2.0 avec le team du champion Pierre Gasly, Tech 1. Peux-tu nous décrire tes sensations, les différences aussi avec une F4 ?
Il y a énormément de différence, enfin oui et non. Pour moi, c’était la première fois, donc on sentait plus de puissance, au niveau des freins aussi mais on s’y habitue vite. Il y a aussi l’aérodynamique, la mécanique. Au niveau du pilotage, il y a pas mal de travail.

Tu signes le 10e temps global. Qu’en a pensé l’équipe de ta prestation ?
Ils étaient plutôt satisfaits, pour une première, c’était satisfaisant. C’est un bon point.

Est-ce que tu entretiens des relations avec d’autres pilotes français présents en 2.0 (Pizzitola, Gasly, Vaxivière, Panis…) ?
Je les connais tous. Je suis dans la même classe que Pierre (Gasly) depuis la 4ème au pole espoirs. Les autres, je les ai côtoyés sur les pistes de kart ou aux stages équipe de France.

Tu remportes également le Volant EuroFormula. 2013 a été ton année ?
Gagner le Volant Euroformula, c’était super. Ça m’a permis de terminer la saison en beauté et de montrer aussi que j’ai mérité mon titre en F4.

Parlons de la saison prochaine. Tu as reçu une bourse de 100 000 euros HT pour partir dans une catégorie supérieure et tu as la bourse en plus de l’EuroFormula (60 000 euros). As-tu le budget nécessaire pour courir en Formule Renault 2.0 ?
Non, 160 000 euros, ce n’est pas assez pour rouler en Formule Renault 2.0. Le budget tourne autour de 400 000 euros. Il reste une grosse partie du budget à trouver mais j’espère trouver suffisamment de partenaires pour boucler le budget.

Est-ce que tu as eu des propositions de la part d’une filière de jeunes pilotes ?
Actuellement, non.

Les discussions avec Tech 1 ont-elles avancé, ou avec d’autres équipes pour la saison prochaine ?
Je suis en discussion principalement avec eux mais aussi avec d’autres équipes

Tu es encore étudiant, en S. Suis-tu les cours avec l’Autosport Academy ou en externe ?
Je suis à l’Autosport Academy, au pôle espoir de la Fédération. On a les cours du CNED avec des profs particuliers ce qui nous permet de concilier les cours avec notre passion car il faut être conscient du fait que tout peut s’arrêter du jour au lendemain. Il faudra alors avoir un certain bagage scolaire !

A terme, tu aimerais continuer dans la monoplace (jusqu’à la F1) ou tu serais prêt pour de nouveaux défis (endurance par exemple) ?
Mon rêve, c’est la Formule 1 comme tout jeune pilote mais je suis réaliste. Mon rêve, c’est de devenir pilote professionnel. Je vais tenter ma chance pour aller au plus haut. Mais si je vois qu’à un moment, je ne peux pas accéder à la F1, je n’hésiterai pas pour aller dans d’autres catégories comme l’endurance qui est une très belle catégorie.