Hier soir, le groupe Honda Racing Corporation annonçait que le programme prototype d'Acura serait mis en pause en IMSA à la fin de cette saison. Cette décision est d'autant plus dommageable qu'elle porte non seulement un coup au championnat américain, mais qu'en plus elle hypothèque les chances de voir Honda débarquer en WEC. Un autre gâchis.
Acura restera à tout jamais le premier vainqueur de l'ère LMDh en IMSA. C'était en 2023, aux 24 Heures de Daytona, face aux nouveaux venus qu'étaient Porsche, BMW et Cadillac. La branche américaine de Honda n'a certes par remporté de titres, mais elle était devenue une valeur sûre dans ce championnat qu'elle a intégré en son nom propre voici près de dix ans.
Et hier, l'annonce de l'arrêt pur et simple de l'engagement d'Acura outre-Atlantique a fait l'effet d'une secousse. Dans les termes officiels, il s'agit d'une mise en pause. Les mêmes utilisés par Lamborghini qui, sauf cas de figure exceptionnel, ne reviendra sans doute jamais.
L'Hypercar/GTP Acura boudée pour la monoplace

©IMSA
Le communiqué transmis hier par la marque faisait aussi état d'un accroissement de sa présence en IndyCar, notamment par le sponsoring plus important des Dallara motorisées par Honda. Un choix qui n'a rien d'illogique après tout, puisque le championnat se déroule quasi exclusivement aux États-Unis.
Mais Honda a un mal de chien à négocier le virage vers l'électrique, si bien que plusieurs modèles devant sortir dans la gamme Série 0 ont tout bonnement été rangés au placard, faute de demande et à cause d'un contexte économique plus qu'incertain. Et d'après les chiffres de l'Association des Constructeurs Européens Automobiles (ACEA), Honda est avant dernier dans le classement des ventes en Europe en 2025, devançant seulement Mitsubishi : 4 994 modèles vendus l'an dernier, contre 72 373 chez Toyota.
La planche de salut aurait-elle pu venir de la F1 ? Absolument pas. Non seulement la catégorie reine s'est plongée seule dans la crise, mais en plus, l'association chimérique avec Aston Martin n'a donné qu'un énorme fiasco. Impossible, dès lors, de promouvoir une bonne image de marque quand le moteur, pour moitié électrique, est aussi fragile qu'asthmatique. Pour sauver la face, il aurait fallu sans doute engager une véritable équipe d'usine : beaucoup de dépenses certes, mais un retour sur investissement certain. Car en F1, grossièrement résumé, le seul fait de poser ses roues sur la piste est rentable. Et à moindre coûts, le WEC aurait pu être une bonne piste de décollage...Raté.
Acura ne passera pas l'Atlantique

©DPPI/FIA WEC : Inter Europol n'exploitera pas les Acura (Honda) en WEC, alors que tout semblait engagé pour.
Cela dit, Honda n'est pas en déficit au niveau de ses ventes, bien au contraire : nos confrères Québecquois du Guide de l'Auto rapportaient que le Canada était un terreau fertile pour les modèles hybrides : la Civic reste N°1 des ventes avec 31 054 unités vendues l'an dernier. Et deux tiers des CR-V vendues étaient des hybrides. Preuve, s'il en est, que l'Amérique du Nord n'est pas réticente à cette technologie.
Alors, pourquoi, d'une part, quitter l'IMSA avec une Acura hybride et capable de gagner des courses face à d'autres grandes marques, alors que les ventes s'y portent plutôt bien ? Et d'autre part : puisque le WEC dispose d'une vitrine européenne de choix, surtout avec Le Mans, pourquoi ne pas venir sous le nom Honda, avec cette voiture pleinement fonctionnelle et performante ? Car le temps que le catastrophique moteur F1 soit remis au niveau, il peut s'écouler des années et, en cascade, beaucoup d'argent serait investi pour peut-être ne même plus gagner.
Pourtant, plusieurs confrères présents aux 24 Heures de Daytona ont vu les hauts représentants de Honda en Floride, accompagnés de Pierre Fillon, président de l'ACO. Et dernièrement, on semblait proche d'une annonce réjouissante, selon laquelle le constructeur viendrait finalement en WEC, avec une voiture couvée par l'usine et une autre confiée à Inter Europol. On pensait même que c'était déjà fait.
Mais ce revirement de situation met un méchant coup à l'IMSA, qui perd son deuxième constructeur après Lamborghini. Et Porsche, si les rumeurs du paddock se confirment, pourrait aussi totalement fermer le robinet du sport-prototype.
Alors, s'est-on dit à la rédaction : peut-être que l'année prochaine sera le pic de l'Hypercar, avec les arrivées de Ford et McLaren, et peut-être un maintien d'Alpine si Philippe Sinault parvient à garder les A424 à son compte...avant d'assister à des retraits de plus en plus nombreux. Depuis fin 2024, on allait de mauvaise nouvelle en mauvaise nouvelle : Lamborghini, Porsche, Alpine et maintenant Acura. Et l'absence de ces quatre marques au Mans nous fera forcément nous demander : quelle folie aurait-ce été d'avoir tout le monde à la fois ? Sans doute une folie douce.