Vainqueur des 24 Heures de Daytona avec Porsche, Julien Andlauer aborde-t-il les 12 Heures de Sebring fort d'un nouveau statut ? Derrière le symbole, le Français évoque surtout une progression continue plus qu’un tournant.
De notre correspondant sur place, Didier Laurent.
Andlauer arrive à Sebring après un succès à Daytona
Une victoire sur une course aussi légendaire que les 24 Heures de Daytona a tendance à exposer, installer, transformer parfois. Pour Julien Andlauer, elle ressemble davantage à une continuité. Une étape marquante, certes, mais intégrée dans une trajectoire plus large. « C’est l’une des plus belles concrétisations de ma carrière », reconnaît-il.
Son parcours récent éclaire cette position. « Une première année avec Proton (2024. Ndlr), de belles performances, mais pas de concrétisation, se remémore-t-il. Puis le passage chez Porsche Penske en 2025 en WEC où je pense que nous méritions un peu plus sur plusieurs courses. » Et enfin, cette troisième phase, celle où tout s’aligne. « Une vraie belle évolution » avoue-t-il sourire en coin.
Mais cela change-t-il quelque chose à son statut ? La réponse est presque désarmante de simplicité. « Je ne pense pas vraiment. » Andlauer ne rejette pas la portée du résultat, mais il en relativise l’impact. « Je fais partie des vainqueurs des plus grandes courses, comme Daytona ou Le Mans (en 2018, en GTE Am. Ndlr), se satisfait-il. Mais Je ne piloterai pas mieux ce week-end qu’avant Daytona. »
Ce refus d’amplifier l’événement dit beaucoup de son approche. Là où certains verraient un tournant, lui évoque une progression. « Je ne roule pas forcément mieux, mais ça va dans le bon sens, enchaîne-t-il. Et je peux toujours m'améliorer. » La nuance est essentielle. Gagner est une étape, pas une finalité. D'autant qu'on a tendance à l'oublier, mais le Lyonnais n'a que 26 ans. Et si on a l'impression qu'il est là depuis toujours, c'est qu'il demeure le plus jeune vainqueur de catégorie aux 24 Heures du Mans à 18 ans et 352 jours.
La 74ème édition des 12 Heures de Sebring, dans ce contexte, s’inscrit comme une étape supplémentaire dans sa quête. Une autre classique, en Floride toujours, mais les similitudes s'arrêtent là. « Une course très intense, avec une piste étroite qui te pousse à la faute à tout moment. » Andlauer la connaît sans encore l’avoir domptée. Un podium en GTD, une course marquante, mais pas de victoire. L’objectif reste mesuré. « Un podium serait déjà bien, lâche-t-il. Et pourquoi pas sur la plus haute marche. »
L’histoire montre pourtant que l’enchaînement Daytona-Sebring n’est jamais anodin, même si son équipier Felipe Nasr y est parvenu l'an passé en compagnie de Nick Tandy et Laurens Vanthoor. Ce doublé ne relève pas du hasard. Il suppose une compréhension fine de deux environnements radicalement différents. Rien d'insurmontable jusque-là pour son employeur, le Porsche Penske Motorsport, qui vise à remporter les « 36 heures » de Floride pour la deuxième année de rang.
Michelin, ou la pierre angulaire du succès
C’est ici qu’intervient un paramètre déterminant : la nouvelle gamme Michelin 2026. À Daytona, Andlauer a participé activement à son déchiffrement. « On a fait pas mal de longs runs pour comprendre l’évolution et la dégradation », se souvient-il. Un travail de fond, discret mais structurant. Le constat est encourageant. « On arrive à en tirer un joli potentiel », poursuit-il. « Mais il reste encore du boulot, d'autant que les conditions seront très différentes de celles que nous avons rencontrées fin janvier. »
Chez Michelin, on se dit satisfait de la première sortie du nouveau pneu d’Endurance, fin janvier à Daytona, mais sait que Sebring sera un test différent. « Entre les bosses, le revêtement asphalte et béton, l’adhérence n’arrête pas de varier », indique Matthieu Bonardel, Directeur de Michelin Motorsport. « Ce caractère instable devient un test en soi. Ça va être une mise à l’épreuve pour voir comment le pneu s’adapte à ces conditions particulières. »
Indéniablement Sebring pourrait redistribuer les cartes. La piste, plus exigeante, met davantage en lumière les limites comme les qualités des pneus. « Il y a de grosses dégradations et beaucoup de gestion à fair », souligne Andlauer. « Il sera intéressant de voir ce qu'il en est car la nouvelle gomme semble plus polyvalente et plus constante. Par ailleurs, à Daytona, certaines équipes parvenaient à en tirer beaucoup de performance sur un court laps de temps, mais sans réussir à rester au même niveau tout le temps. »
De son côté, Porsche semble avoir trouvé une forme de stabilité. « On paraissait être plutôt correct dans toutes les conditions » reconnaît Andlauer. « Mais à chaque fois que quelqu’un roule, il fait un pas en avant car nous sommes encore tous en phase d'apprentissage. »
C’est sans doute là que se situe le véritable changement pour Andlauer. Non pas dans le regard des autres, mais dans sa place au sein de ce mouvement. Il n’est plus en construction. Il fait partie de ceux qui dictent, en partie, la direction.





