Face à des monoplaces hybrides jugées castratrices, Max Verstappen livre un plaidoyer passionné pour un retour aux sources et au rugissement mythique des moteurs V8.

La Formule 1 moderne a-t-elle sacrifié la pureté du pilotage sur l'autel de la gestion électrique ? Entre désillusion technique et passion viscérale du sport, la parole se libère.

Verstappen milite pour le retour du V8

C'est dans un entretien accordé à la BBC que Max Verstappen revient sur plusieurs points de la saison en cours, mais plus encore sur la façon dont va évoluer la F1 dans les années à venir. Parfois résigné, le Néerlandais a pourtant prolongé son bail chez Red Bull Racing, qu'est-ce qui l'a fait changer d'avis ?

« L'espoir que des jours meilleurs soient devant nous. L'acceptation de notre réalité présente. Et puis toujours cette passion dévorante pour ce sport. Pas pour le pilotage actuel, non, mais pour l'essence même de la compétition. »

« Je suis un compétiteur dans l'âme. J'ose espérer qu'à l'horizon 2030, la discipline saura retrouver ses lettres de noblesse. En attendant, il faut faire contre mauvaise fortune bon cœur, car ces règles seront notre quotidien pour les quatre ou cinq prochaines années. »

Pour que le public saisisse la frustration des pilotes cette saison, en quoi ces moteurs hybrides et cette quête perpétuelle de rechargement des batteries viennent-ils éteindre l'étincelle des meilleurs coups de volant ?

« Depuis la nuit des temps en F1, la piste récompensait l'audace : le pilote le plus engagé, celui qui retardait son freinage à l'extrême, réaccélérait le plus tôt et se jetait à corps perdu dans les courbes rapides tirait son épingle du jeu. Aujourd'hui, un calcul mental permanent s'invite dans le baquet : "Dans ce virage, je dois réfréner mes impulsions. Réaccélérer plus tard, freiner plus tôt, lever le pied... tout cela pour grappiller un zeste de vitesse de pointe plus loin." C'est une trajectoire contre-nature. On marche sur la tête. »

« Sans manquer de respect à quiconque, et j'espère que personne ne le prendra de travers, regardez Yuki Tsunoda. Il saute dans la Racing Bulls au Grand Prix des Pays-Bas sans jamais l'avoir conduite et se montre d'emblée compétitif. Liam Lawson passe de la Racing Bulls à la Red Bull et trouve immédiatement le rythme. La raison est simple : ces voitures sont anesthésiées, elles restent sourdes aux subtilités du pilotage. »

« Bien sûr, il faut toujours sortir un tour propre et y mettre du cœur. Les cadors finiront toujours par émerger. Mais la marge d'expression est réduite à un fil, comme si nous pilotions avec une camisole de force. On nous bride. »

La Formule 1 a conscience de ce virage à négocier et fera évoluer la répartition thermique/électrique vers du 60-40 d'ici 2028. Mais quelle est la réelle envie des pilotes, quel serait le moteur idéal pour le cap de 2030 ou 2031 ?

« Il faut faire marche arrière et revenir au V8, ne serait-ce que pour retrouver la réactivité sacrée du moteur. Quand vous prenez le volant des anciennes gloires, le gouffre est abyssal en matière de réponse sous le pied et de plaisir pur. Comparé à ce bonheur simple, le bloc actuel fait bien pâle figure. »

Même en comparaison avec les turbos hybrides de la précédente génération ? « C'est le jour et la nuit par rapport à la magie du V8. Le V8 insuffle une liberté, une légèreté incomparable, alors que nos monstres actuels pèsent une tonne. La voie de la raison serait de revenir à un V8 compact, infiniment plus léger, en cantonnant la batterie à un simple boost temporaire pour les dépassements, sans qu'elle ne vienne polluer le comportement naturel de la voiture. »

Si on comprend l'agacement de Max Verstappen pour la génération actuelle des monoplaces, qu'est-ce qui nourrit encore sa motivation ? « J'ai eu la chance de vivre des années fastes sur le plan comptable, même si le virage électrique me laissait déjà sur ma faim. Mais la véritable ivresse, c'est l'émotion brutale du V8 ou du V10 qui me faisait rêver enfant. Flâner dans les stands, entendre ces monstres rugir à la sortie des garages et en avoir la chair de poule... Qu'importe que l'aiguille grimpe à 300 ou 360 km/h. C'est cette symphonie mécanique, cette onde de choc qui vous traverse le corps. On touche là à une autre dimension. Et j'espère du fond du cœur que cette magie renaîtra de ses cendres. »