La FIA met fin à la limitation des mandats présidentiels, ouvrant la voie à un règne potentiellement illimité de Mohammed Ben Sulayem.

Qui se souvient de Jean-Marie Balestre ? Fondateur et président de la Fédération internationale du sport automobile (FISA) de 1978 à 1991. Le personnages bougon forgé au rythme de ses coups de gueule, ses prises de paroles discutables et sa fameuse réponse sèche à Ayrton Senna concernant la sécurité d'un circuit, "my decision, is the best decision" (ma décision, est la meilleur décision) ont marqué les esprits. Ces différentes frasques lui ont valu quelques sobriquets peu reluisants (le comparant parfois à un dictateur), si on ajoute à cela, sa jeunesse chez les Waffen-SS...

La fin des mandat limités, président à vie de la FIA ?

Les dernières élections de la FIA ont été très critiquées, par le simple fait que la constitution des candidatures en raison d’une règle imposant que la liste des vice‑présidents inclue un représentant de chacune des six régions mondiales de la FIA.. De facto, une seule liste a pu se représenter, facilitant sa réélection... certaines "démocraties" de par le monde y ont vu un semblant d'écho !

Ce qui était un souhait de l'intéressé et désormais approuvé par la FIA via une proposition visant à abolir la limite des mandats présidentiels, une décision adoptée à plus de 90 % des voix. Cette initiative, qui supprime l’ancienne limite de trois mandats de quatre ans, a été présentée par le président de la FIA, Mohammed Ben Sulayem. Selon des sources citées par BBC Sport, le vote des clubs membres lors de l’assemblée générale de Macao a validé la mesure à 90,71 %.

Un porte‑parole de la FIA a déclaré : « Les statuts de la FIA ont été mis à jour afin d’établir une approche cohérente concernant les limites de mandats dans l’ensemble des organes de la FIA, en accord avec les conseils mondiaux et le Sénat. Les amendements proposés ont été approuvés par une supermajorité lors des assemblées générales extraordinaires. Les organes de la FIA conservent toute autorité pour élire démocratiquement les responsables qu’ils jugent appropriés. »

La FIA n’a pas confirmé explicitement les chiffres du vote. Cette décision permet à Ben Sulayem, 64 ans, de rester en poste au‑delà de la limite précédente de 12 ans. Actuellement, une limite d’âge de 70 ans s’applique aux candidats à la présidence, mais des sources proches du dirigeant affirment qu’il envisage également de supprimer cette restriction. Son intention, disent‑elles, serait de rester président à vie. La FIA a été sollicitée pour commenter ce point. D’autres postes auparavant soumis à des limites de mandats étaient concernés, comme la présidence du comité antidopage ou celle du comité du plafonnement budgétaire en F1.

Plus de limite de mandats, et après ?

La limite actuelle de trois mandats avait été instaurée par Jean Todt, prédécesseur de Ben Sulayem. Todt avait succédé à Max Mosley, président de 1993 à 2009, qui avait renoncé à se représenter après un conflit avec les équipes de F1. Cependant la prochaine élection pourrait encore plus compliquée que la précédente car d’autres modifications ont été adoptées, notamment un renforcement des critères pour les candidats à la présidence.

Une nouvelle exigence impose aux candidats de « démontrer une expérience suffisante au sein d’un membre de la FIA ou d’un organe de la FIA ». Le délai pour soumettre la liste des vice‑présidents potentiels passe de 49 à 100 jours avant l’élection. Ces changements rendent plus difficile toute tentative de challenger Ben Sulayem lors d’un futur scrutin.

Dans un communiqué, Ben Sulayem a déclaré : « Les décisions approuvées aujourd’hui reflètent les progrès continus que nous accomplissons ensemble en tant que fédération. Grâce à une gouvernance renforcée, une discipline financière et une vision à long terme, nous construisons une FIA mieux équipée pour soutenir nos membres, renforcer nos championnats et servir le sport automobile et la mobilité dans le monde entier. »

Des voix s'élèvent contre cette décision de la FIA

Robert Reid, ancien vice‑président de la FIA pour le sport, démissionnaire l’an dernier pour dénoncer une « dégradation des standards », a estimé cette semaine que ces décisions « changent la manière dont l’autorité est contestée, renouvelée et transmise ». Dans un message publié sur LinkedIn, il écrit : « Les limites de mandats ne sont pas une garantie absolue. Elles n’assurent pas une bonne gouvernance. Elles n’empêchent pas les erreurs de jugement. Mais elles créent un moment où le renouvellement doit avoir lieu. Elles rappellent aussi qu’une fonction est temporaire, que la légitimité doit être renouvelée, et qu’aucun individu ne doit devenir structurellement indispensable. »

Concernant les nouvelles règles électorales, il ajoute : « Bien sûr qu’un candidat à la présidence doit comprendre la FIA. Bien sûr que la crédibilité, le sérieux et l’expérience pertinente comptent. Mais la formulation des critères est essentielle. Si la norme n’est pas clairement définie, le pouvoir revient à ceux qui l’appliquent. Une exigence d’expérience peut devenir un jugement d’acceptabilité. Une protection contre les candidats fantaisistes peut devenir une barrière contre les candidats gênants. C’est là le problème : l’appréciation de ce qui est suffisant reste entre les mains des structures internes de la FIA. Dans une organisation où les processus électoraux ont déjà été contestés, ce n’est pas un détail. C’est le point où le processus rencontre le pouvoir. »