Sébastien Ogier ne tiendra plus qu'un fil de 3,8 secondes d'avance sur Oliver Solberg à l'aube de l'ultime journée du Rallye des Îles Canaries, après un samedi de duel acharné sur le ruban d'asphalte capricieux de Grande Canarie.

Si Ogier avait entamé la journée avec un matelas confortable de 8,9 secondes (fruit de sa domination impériale du vendredi) Solberg a méthodiquement grignoté ce privilège au fil des six spéciales. En s'adjugeant les deux passages de la redoutable épreuve de Moya - Gáldar, le jeune Suédois a dressé le décor d'un final dominical sous haute tension.

Solberg ne laisse aucun répit à Ogier

Elfyn Evans complète ce podium nocturne à 21,9 secondes de la tête, tandis que Sami Pajari et le leader du championnat Takamoto Katsuta permettent à Toyota Gazoo Racing de maintenir son insolent quintuplé au sommet. La matinée fut un ballet périlleux, orchestré par la pluie et des zones d'humidité traîtresses, notamment sur les secteurs d'Arucas - Firgas - Teror et de Moya - Gáldar, où l'adhérence jouait à cache-cache avec les pilotes. Evans fut le premier à dégainer, remportant les deux premières joutes du jour pour se rapprocher du ring de tête.

La réplique de Solberg ne se fit pas attendre : sur les 28,90 km de Moya - Gáldar, il a devancé Ogier d'un souffle (0,1 seconde), et ce malgré un baiser un peu trop appuyé au rail de sécurité. Ogier, concédant que les derniers kilomètres étaient devenus une véritable patinoire sous l'intensification de l'averse, voyait son avance fondre à 5,3 secondes à la mi-journée.

L'après-midi, bien que plus sèche, ne fit qu'accentuer la pression. Evans signait à nouveau le meilleur temps sur le second passage de Maspalomas, avant que Solberg et Ogier ne fassent s'arrêter le chronomètre sur un temps identique lors de la spéciale suivante. Le coup de théâtre survint lors de l'ultime acte de la journée : Solberg a jeté toutes ses forces dans la bataille de Moya - Gáldar, devançant Ogier de 1,4 seconde pour ramener l'écart global sous la barre fatidique des quatre secondes.

« J'ai commis quelques erreurs, ce n'était pas parfait », a tempéré Solberg. « Notre abandon au Kenya était de la malchance et la Croatie était de ma faute, donc je ne vais pas céder à la panique pour le doubler, mais au moins nous avons été présents toute la journée pour lui mettre la pression. Nous verrons bien : il reste quatre longues spéciales, une boucle conséquente, et tout est possible. »

Ogier, en quête de son premier triomphe depuis le Rallye du Japon en novembre dernier, a salué cette joute avec enthousiasme.

« Il semble que nous allons avoir un beau dimanche », a déclaré le Français. « Je suis impatient. Demain, nous découvrons de nouvelles spéciales qui seront un plaisir à piloter. C’est la raison pour laquelle nous sommes ici : si vous n'aimez pas ce genre de combat, mieux vaut rester à la maison. »

L'honneur sauf pour Evans, le calvaire pour Hyundai

Evans termine la journée au troisième rang après une performance transfigurée par rapport au vendredi. Le Gallois a raflé trois scratches et s'est extrait de la menace Pajari, tout en admettant avoir encore une marge de progression.

« Il était crucial de faire mieux qu’hier, c’était le seul véritable objectif », a confié Evans. « Je n’étais pas satisfait de ma journée d’hier. Je ne suis pas encore totalement comblé aujourd’hui, mais c’est au moins un beau pas en avant. »

Pajari occupe la quatrième place à 52,7 secondes du leader, tandis que Katsuta ferme la marche du top 5 après une journée plus ingrate. Le leader du championnat a brièvement inquiété Pajari en matinée avant de continuer sa quête de confiance sur cet asphalte au grip pourtant généreux.

Dans le camp Hyundai Motorsport, Adrien Fourmaux a porté les espoirs de l'écurie en s'emparant de la sixième place, distançant son coéquipier Dani Sordo de 32,5 secondes. Sordo reste septième pour son retour, devant un Thierry Neuville dont la frustration ne cesse de croître au volant d'une i20 N Rally1 récalcitrante.

Chez M-Sport Ford, Josh McErlean s'est hissé au neuvième rang, alors que son coéquipier Jon Armstrong voyait son calvaire se poursuivre par une sortie de route à 26,1 km du départ de la dernière spéciale. Aidé par des spectateurs, il a pu ramener sa Puma Rally1 endommagée à bon port.

En WRC2, Yohan Rossel garde les rênes pour Lancia et entamera le dimanche avec une avance de 27,5 secondes. Derrière lui, Alejandro Cachón et Léo Rossel ne sont séparés que par un infime battement de cil de 0,2 seconde dans la lutte pour la deuxième place. Le verdict tombera ce dimanche après quatre ultimes spéciales, où les deux passages d'Ingenio - Valsequillo et de Santa Lucía - Agüimes scelleront le destin de ce thriller atlantique.

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