Sami Pajari boucle le vendredi du Rallye de Croatie en leader, au terme d’une journée éreintante qui a éliminé Elfyn Evans et Oliver Solberg et totalement redistribué les cartes.

Le Finlandais Sami Pajari a conclu la première étape du Rallye de Croatie en tête, après une journée d’ouverture chaotique en Istrie qui a balayé deux des favoris avant même la pause de midi. Le pilote Toyota Gazoo Racing termine les huit spéciales 100 % asphalte avec 13,7 secondes d’avance sur Thierry Neuville, tandis que Takamoto Katsuta complète le podium provisoire à 0,9 seconde du Belge. Mais les écarts ne reflètent qu’une partie d’un vendredi marqué par les sorties de route, les crevaisons et une adhérence changeante sur des routes inédites en WRC.

Un vendredi fou en Croatie

Leader du championnat, Elfyn Evans avait pourtant démarré en patron. Premier sur la route, il profitait d’une trajectoire propre pour remporter les ES1 et ES2, creusant un écart de 15,8 secondes sur Pajari tandis que ses poursuivants luttaient contre la saleté ramenée par les coupes. Mais tout a basculé dans l'ES3 (Beram – Cerovlje) : trop rapide dans un droite, Evans est sorti violemment de la route. Lui et son copilote Scott Martin sont indemnes, mais leur rallye s’est arrêté net. « On s’est fait piéger, tout simplement », reconnaissait Evans. « Le virage était plus serré que prévu, on est arrivés trop vite et on a fini dans les arbres. C’est très décevant. »

Le malheur n’est pas venu seul pour Toyota : Oliver Solberg a abandonné dès l'ES1, après avoir tapé un talus et immobilisé sa Yaris. « Un peu de sous‑virage, on a juste touché l’arrière… C’est dur. Je vis pour ça, c’est toute ma vie. Quand ça tourne mal, c’est difficile », confiait le Suédois.

Pendant ce temps, Pajari a fait preuve d’un sang‑froid remarquable. Sans être le plus rapide du matin, il a évité les erreurs, pris la tête après la sortie d’Evans, puis signé le scratch dans SS4. L’après‑midi, il a résisté aux assauts de Neuville et Katsuta pour conserver son premier leadership nocturne en WRC. « La compétition est tellement rude qu’il faut attaquer », expliquait-il. « J’ai beaucoup apprécié l’après‑midi, même si le matin n’était pas simple. Ce n’est qu’un jour, mais c’est un plaisir de piloter. »

Thierry Neuville est monté en puissance au fil de la journée. Mécontent du comportement de sa Hyundai i20 N Rally1 le matin, il est resté au contact avant de signer deux scratches consécutifs dans les ES6 et ES7. Revenu à 6,3 secondes de Pajari avant la dernière spéciale, il a toutefois reperdu du temps dans le second passage d’Učka et termine la journée deuxième. « Il n’y a aucun équilibre dans ces conditions », admettait-il. « Mais c’est une bonne journée, une journée qu’on attendait depuis longtemps. Un petit pas pour le rallye, mais un grand pas pour nous. »

Takamoto Katsuta, lui, a livré une prestation propre et mesurée. Ralentissant dans l'ES1 en voyant la voiture de Solberg, il a ensuite augmenté le rythme pour rester dans la lutte pour la victoire, à 14,6 secondes de Pajari. Derrière le trio de tête, Hayden Paddon termine quatrième pour son premier Rallye de Croatie. Peu à l’aise sur les routes glissantes et dégradées, il a néanmoins évité les pièges et pointe à 1'15 s du leader. Adrien Fourmaux, victime d’une crevaison avant‑droite dans l'ES2, a perdu plus d’une minute avant de remonter à la cinquième place. Chez M‑Sport Ford, Josh McErlean a vu ses espoirs s’envoler avec une crevaison dans l'ES7, tandis que Jon Armstrong, brillant troisième après l'ES1, a abandonné dans l'ES4 après avoir tiré tout droit et heurté un talus.

En WRC2, Yohan Rossel a pris la tête d’une catégorie elle aussi secouée par les crevaisons et les rebondissements. Son coéquipier Nikolay Gryazin suit à 22,1 secondes, avec Alejandro Cachón troisième. La journée de samedi, considérée par de nombreux pilotes comme la plus difficile du rallye, proposera huit spéciales et plus de 115 km chronométrés. Une étape qui pourrait encore tout bouleverser.

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