Davide Brivio est une personnalité connue du paddock. Aujourd'hui à la tête de l'équipe Trackhouse Aprilia, il a notamment travaillé pour Yamaha. Dans une interview accordée à Moto.it, il revient sur la période Valentino Rossi - Jorge Lorenzo.

Valentino Rossi est un des pilotes les plus célèbres du MotoGP. Arrivé en 500cc en 2000 avec Honda, il rejoint Yamaha quatre ans plus tard, avec trois titres en poche. Au même moment, le pilote italien fait ses premiers essais avec Ferrari en F1. Il y a même eu une proposition concrète de la part de la Scuderia.

"Je me souviens bien qu'il a fait un premier essai en 2004, un peu comme ça, pour le plaisir, mais c'était un test important. Puis, en février 2006 à Valencia, avec tous les pilotes de F1 : il était en milieu de classement, je crois. De Valencia, il est allé presque directement au Qatar, où se déroulaient les premiers essais MotoGP. Je me souviens que dès son arrivée, au dîner, nous lui avons demandé comment s'était passée sa saison de FA, et il nous a fait part de ses impressions. Nous avions le sentiment que le MotoGP lui tenait toujours à cœur, peut-être un projet inachevé. La F1 est merveilleuse, mais le MotoGP est peut-être encore mieux, ce n'était pas si évident. Mais ensuite, les choses ont évolué et il y a eu un réel intérêt, une véritable proposition de Ferrari pour 2007", explique Davide Brivio.

L'arrivée de Jorge Lorenzo

En 2007, Jorge Lorenzo devient double Champion du Monde 250cc. Il rejoint le MotoGP en 2008 comme pilote Yamaha.

"C'est là que s'ouvre le chapitre Jorge Lorenzo, car nous savions que Valentino Rossi pourrait passer en F1 en 2007 et nous étions très inquiets. Nous avions pris l'habitude de gagner, en 2004, 2005, avec une équipe comme Yamaha qui n'avait pas gagné depuis des années, et l'appétit s'accroît avec la victoire. Mais si Valentino était parti, qu'aurions-nous fait ? Il nous fallait trouver un jeune pilote capable de devenir un pilote de haut niveau comme lui. C'est ainsi qu'est née l'idée de Jorge Lorenzo. Nous avons commencé à chercher parmi les jeunes pilotes : je me souviens d'une liste de différents pilotes de 250cc de l'époque, et je me souviens très bien d'une réunion dans le camion avec toute la direction japonaise où nous avons évalué cette liste. Parmi les noms figurait celui de Jorge Lorenzo. À un moment donné, j'ai dit : "Je prends Jorge Lorenzo". Nous avons commencé à discuter, et j'ai rencontré son manager avant la première course de 2006. Il a commencé à courir avec nous en 2008", ajoute Davide Brivio.

Mais l'idée de départ n'était pas de faire courir Jorge Lorenzo au sein de l'équipe d'usine mais dans une structure à part pour le faire progresser. Yamaha en a décidé autrement et a imposé un duo Valentino Rossi - Jorge Lorenzo. Cela place Colin Edwards chez Tech3, équipe satellite du constructeur japonais à l'époque.

"Nous voulions engager Jorge Lorenzo, mais l'idée de départ était de l'intégrer à une troisième équipe, avec une moto supplémentaire. L'équipe Valentino Rossi - Colin Edwards restait la même, car elle fonctionnait bien, et de toute façon, si Valentino partait, il nous fallait quelqu'un d'expérimenté. Jorge devait progresser dans une structure distincte, à tel point que nous avons commencé à recruter Ramon Forcada comme troisième chef mécanicien, afin de construire l'équipe autour de lui. Mais au bout d'un ou deux mois, Yamaha a changé d'avis. Un ordre est venu du Japon : impossible d'avoir trois motos, il en fallait deux, une équipe Valentino Rossi - Jorge Lorenzo. Ce fut un changement de plan improvisé. Dès lors, les saisons 2008, 2009 et 2010 ont débuté avec Jorge et Valentino ensemble, avec toute la suite de leur histoire. Lorenzo a immédiatement rejoint une équipe d'usine, un peu comme Marc Márquez, le coéquipier de Valentino dès ses débuts", continue Davide Brivio.

Jorge Lorenzo avec la Yamaha en 2008
© Yamaha Media

La "guerre" au sein de Yamaha

Yamaha dispose du duo Valentino Rossi - Jorge Lorenzo. Mais une scission va intervenir au sein de la structure d'usine. Le pilote italien roule avec Bridgestone tandis que le pilote espagnol est chaussé de Michelin.

"Valentino Rossi a demandé à passer chez Bridgestone, ce qui commençait à bien se passer. Nous avions gagné avec eux l'année précédente, et Ducati était en pleine forme. Bridgestone n'avait plus la capacité de fournir d'autres équipes : après de longues négociations, nous avons réussi à obtenir les pneus, mais pour un seul pilote. Valentino se retrouvait donc avec Bridgestone, Jorge Lorenzo avec Michelin, dans la même équipe. C'était un vrai casse-tête à gérer. L'équipe était en fait coupée en deux, et même un peu cloisonnée en interne pour cette raison : les données ne pouvaient pas être échangées, il fallait être très prudent. Imaginez les coulisses : le fournisseur de pneus de Valentino chez Bridgestone et celui de Lorenzo chez Michelin, qui devaient rester séparés, car ni Michelin ni Bridgestone ne voulaient partager d'informations. Sur le plan organisationnel, c'était assez compliqué", conclut Davide Brivio.