En marge des 24 Heures du Mans, le président de la FIA, Mohammed Ben Sulayem s'est exprimé sur ses envies pour la prochaine règlementation moteur avec notamment un V8... atmosphérique.
Présent dans le paddock des 24 Heures du Mans, le président de la FIA Mohammed Ben Sulayem a fait part de ses envies pour la prochaine règlementation moteur en F1, qui pourrait entrer en vigueur dès 2030 et proposer à nouveau un V8 atmosphérique.
Ben Sulayem veut imposer sa vision de la F1
À peine les discussions sur les ajustements du moteur actuel ont-elles accouché d'un compromis boiteux que la hache de guerre est déjà déterrée pour la génération suivante. Alors que la réglementation prévoyait initialement la grande mue pour 2031, le président de la FIA, Mohammed Ben Sulayem, brûle d'envie d'avancer la révolution à 2030. Face à cette accélération du calendrier, les six motoristes de la grille ne font pas la sourde oreille. Ces blocs V6 turbo-hybrides actuels, mal-aimés et cibles de toutes les critiques, tout le monde rêve de les envoyer à la retraite avec un an d'avance. Seul hic, et de taille : pour accoucher d'un tout nouveau règlement mécanique d'ici 2030, il faut arrêter les plans d'architecture dès maintenant.
L'an dernier, le doux rêve d'un retour au V10 mélodieux a brièvement caressé les esprits avant d'être balayé par la majorité. Aujourd'hui, les états-majors ont accordé leurs violons sur un huit cylindres. « La messe est dite. Ce sera un moteur V8 », a réaffirmé Ben Sulayem lors d'un point presse en marge des 24 Heures du Mans.
Des monoplaces au régime drastique ?
Comme toujours en Formule 1, le diable se niche dans les détails. « Ce moteur conservera une partition hybride. L'architecture doit être épurée, tout en laissant la porte ouverte à l'innovation. Ce que je refuse catégoriquement, ce sont les usines à gaz complexes », a martelé le grand patron de la fédération internationale.
Dans le viseur de la FIA, le poids des monoplaces est devenu l'ennemi public numéro un. Aujourd'hui sanctionnées de 768 kilos sur la balance (un seuil que certaines écuries peinent déjà à respecter), les F1 de demain vont devoir subir un régime draconien. « Mon objectif, c'est 630 kilos », a lancé Ben Sulayem comme un défi. « Si je fixe la barre à 650 kilos aux ingénieurs, ils m'en feront une de 680. Il faut toujours viser plus bas pour obtenir le juste milieu. » Sur cette dernière remarque, le président de la FIA n'a pas totalement tort !
En tant que législateur suprême, la FIA doit dessiner les contours de cette nouvelle ère. Les temps de gestation d'un moteur étant infiniment plus longs que ceux d'un châssis, le chantier mécanique doit être validé en priorité. « Mon plan idéal ? Des monoplaces de 630 kilos, propulsées par un bloc thermique de 750 ch, épaulé par une touche d'hybridation légère à hauteur de 10 %. On atteindrait ainsi une puissance globale de 880 ch », dessine le président.
La F1 prête à dire adieu au Turbo ?
Un régime drastique pour les monoplaces, soit, mais est-ce réalisable ? Car, si l'embonpoint des monoplaces vient de la complexité et le poids des éléments hybrides, il y a une autre contrainte dont on ne pourra réduire la masse : la sécurité active et passive. Les cellules de déformation des monoplaces sont régies par des crashs-tests obligatoires imposés par la FIA et ces dernières nécessitent une construction particulière avec des zones de déformation bien définies, dont la taille et le poids sont presque incompressibles.
Ce qui peut également faire grincer des dents, c'est l'abandon du turbo, une technologie indispensable dans la voiture de monsieur-tout-le-monde, comment les constructeurs pourraient accepter de revenir en arrière ? « Beaucoup de voix s'élèvent pour réclamer un turbo. Mais le turbo, c'est le retour du surpoids. Notre sainte trinité est claire : simplicité, coûts maîtrisés et une symphonie mécanique digne de ce nom pour le public. Greffer un turbo implique une soupape de décharge, un échangeur, des durites... Autant de kilos superflus et de billets jetés par les fenêtres », s'inquiète Ben Sulayem. Certains constructeurs comme Audi, aimerait plutôt une architecture bi-turbo à l'opposé des envies de Mohammed Ben Sulayem. Chez les constructeurs américains (Cadillac et Ford), l'adoption du V8 ferait leur bonheur.
Toute la question est désormais de savoir qui fera plier l'autre. « Le dialogue est évidemment une bonne chose », nuance Ben Sulayem, tentant de tempérer le jeu. « La FIA reste à l'écoute des désidératas des six motoristes actuels. Mais si nous devions trancher seuls, nous imposerions la carte de la légèreté, de la simplicité et d'une maintenance express. L'objectif est aussi de diviser le prix d'un moteur par deux, en passant de 1,5 million à 700 000 euros. »
Si le grand chamboulement doit se concrétiser dès 2030, l'unanimité des constructeurs est requise au bas du contrat. Si la FIA accepte de ronger son frein jusqu'en 2031, elle aura le pouvoir d'imposer son propre règlement de force... au risque de voir certains constructeurs plier bagage et claquer la porte du championnat. Échaudés par le compromis bancal de la réglementation moteur actuelle, les dirigeants de la F1 ont prévenu qu'ils ne feraient plus de cadeaux aux caprices des géants de l'industrie.